L'ALEPH n°5-6, De Mémoire...

________Le Souci de Mémoire________

(Par François Chirpaz)


"Profond est le puits du passé. Ne devrait-on pas dire qu'il est insondable ?"
(Thomas Mann.)

 

      Il faut que cessent les occupations qui la rivent au présent immédiat de ses tâches ou dans le futur proche de ses projets ou, du moins, qu'elles deviennent un temps moins prégnantes pour que le souci de mémoire vienne solliciter la vie des hommes. Dans le présent de leur vie, les hommes sont à l'œuvre, occupés par des travaux et des tâches qui mobilisent leur attention. Ils n'ont alors nul besoin d'en appeler à des souvenirs d'un autre temps de leur vie et lorsque le geste du travail en appelle à un passé il ne le fait que pour convoquer un savoir-faire qui rend ce geste plus facile parce que plus approprié. Un tel savoir-faire relève davantage de l'habitude que du souvenir à proprement parler.
      Dans le quotidien ordinaire vivre est, en effet, agir et travailler, s'insérer dans la communauté pour s'y faire une place ou pour la tenir. Mais dès que survient le souci de mémoire l'homme habite, désormais, sa vie d'une manière différente parce qu'alors davantage auprès de lui-même. Le souci de mémoire commence en ce moment précis où l'ensemble des tâches ou des travaux lui importe moins que lui-même. Se souvenir est façon de revenir vers soi, transformant son rapport au temps et à sa propre vie.


Souci de mémoire, souci d'identité


 
     Les souvenirs conservés ne l'ont jamais été qu'à l'insu de la volonté qui choisit car toutes ces scènes conservées, atmosphères des lieux et des êtres ne se sont inscrites dans la mémoire que par l'impact qu'elles ont imprimé dans la vie affective. Rien n'y demeure que ce qui a marqué, d'une manière heureuse ou malheureuse, cette vie laissant dans le souvenir des atmosphères chaleureuses ou bien des traces vives comme des blessures. Les unes, l'existence se plaît à les retrouver, y retrouvant des vestiges de moments heureux de sa vie passée, les autres, elle voudrait bien ne plus avoir à les supporter, si vive est la douleur qui s'impose à nouveau à elle, malgré elle.
  
   La mémoire qui fait revivre des moments antérieurs de la vie n'a donc guère rapport aux sollicitations du présent. Elle ne peut faire retour que lorsque ces sollicitations deviennent moins pressantes pour une existence désormais davantage préoccupée de soi car c'est de son être propre et de son identité qu'il est alors question. Eveillés par un événement du présent, un mot, un son, une couleur, ou une odeur les souvenirs ne peuvent faire retour que parce que l'existence parvient à se déprendre, un temps, des urgences du présent. Le retour du souvenir la sollicite d'une manière différente car le souci qui convoque la mémoire est préoccupé de son identité personnelle. L'existence qui se souvient cherchant à retrouver ce qu'elle a été. Elle est, en fait, préoccupée de se retrouver soi-même.
      Le temps qui passe change les êtres au point de les rendre souvent difficilement reconnaissables. L'adulte n'est plus l'enfant qu'il a été et le temps de son histoire passée est tout entier aboli, sauf à conserver quelques-uns de ces vestiges que revivent dans les souvenirs ou sont suscités par des photos qui en sont le support. Ce qu'un tel souci recherche est l'atmosphère d'une époque heureuse parce qu'alors toute à son bonheur de vivre ou à ses rêves. Aussi, revenir vers une époque antérieure de sa vie est-ce faire retour vers soi pour retrouver, par delà les changements et les ruptures du temps, le fil d'une continuité avec ce que l'on a été ou, par contraste, avec ce dont on vient et dont on est sorti. Les moments évoqués d'un bonheur de la vie confortent le présent et ceux d'une époque douloureuse confirment le présent, maintenant que la vie est délivrée de ce qui l'a fait souffrir.


La profondeur du temps


      
Se souvenir est donc toujours remonter le cours du temps, à la recherche des époques perdues de la vie, pour retrouver le fil d'une histoire personnelle ou la trame d'une filiation, pour en faire revivre des moments et leur faire prendre place dans la continuité d'un récit. Toute évocation d'un souvenir en appelle à des mots pour se dire à soi-même et à d'autres. Dès lors, en effet, qu'elle a pris forme de récit son statut s'affermit et elle ne court plus le risque de s'évanouir dans l'oubli. Mais le récit de l'histoire personnelle est indissolublement lié à la trame de la filiation dans laquelle toute vie a commencé et a pu devenir ce qu'elle est. Le temps de la vie personnelle n'est ce qu'il est que parce qu'il est lié à la durée plus longue de sa communauté, familiale, nationale ou religieuse.
      Sans doute, les hommes qui vivent accaparés par les sollicitations ou les tâches du présent peuvent-ils n'avoir guère souci de ce que furent les temps qui les ont précédés. Ils peuvent vaquer à leurs occupations, indifférents aux vestiges des monuments ou aux archives conservées dans les bibliothèques et vivre comme si tant d'autres ne les avaient pas précédés dans la vie, en ce lieu même où ils résident. Mais sitôt que s'éveille en l'homme la conscience de la profondeur du temps dans laquelle sa propre existence s'inscrit, le souci de conserver les archives du passé et de les déchiffrer pour comprendre ce qu'elles peuvent nous dire de l'homme en nous révélant comment d'autres hommes ont vécu donne à l'histoire humaine sa réelle dimension. Il ne s'agit plus de la simple histoire personnelle ni même de celle d'une famille mais bien du devenir de l'esprit humain dans la culture.
      La constante illusion du présent, en effet, est de se prendre pour le tout de la possibilité humaine comme si rien de ce qui s'était passé auparavant ne méritait d'être pris en considération sinon à titre d'anecdotes. Alors ceux qui nous ont précédé peuvent nous paraître touchants ou barbares comme le sont d'ailleurs les "primitifs" des diverses régions du monde. De grands enfants aux mœurs étranges mais en tout cas pas réellement des hommes comme s'imaginent l'être les contemporains. Par contre, dès lors que le moment contemporain accepte de se défaire de ces illusions, il peut comprendre cette profondeur du temps qui façonne chaque homme bien au-delà de ce qu'il peut en comprendre. Et ce que l'histoire, entendue comme récit ordonné des âges qui nous ont précédés, nous permet de comprendre c'est cette étonnante complexité du devenir de l'esprit dans l'homme. Les hommes du temps d'avant sont aussi des hommes. Ils ne vivaient pas tout à fait de la même façon que nous le faisons présentement et le fil qui nous relie à eux témoigne d'une continuité en même temps que de ruptures. Dans la continuité permanente des préoccupations essentielles de tout homme devant la vie et de son inquiétude devant la mort. Mais aussi dans la série des ruptures du fait des changements introduits dans les représentations que les hommes se sont fait d'eux-mêmes, du monde et du divin.


L'oubli pathologique et l'oubli délibéré

      Le sens de la permanence et des transformations qui constituent la trame du devenir historique est au centre même du souci de mémoire, chaque fois que ce souci se rapporte à cette continuité discontinue, conscient de la prégnance du passé sur la vie présente des hommes. Le souci de mémoire peut, certes, se perdre dans l'inventaire et la récollection des innombrables événements qui sont survenus au long des temps passés, comme si connaître vraiment ce temps d'avant était garder souvenir de tout ce qui s'est passé. Mais à quoi bon des comptes si méticuleux si la conséquence d'un tel stockage est de nous empêcher de vivre selon les requêtes du présent ?
      Il est, en effet, un moment où l'abondance des souvenirs devient empêchement à vivre. Qui se souvient de tous les livres qu'il a lus ne peut jamais rien écrire de sa propre initiative. L'abondance des citations qu'il croit indispensable de faire l'empêche simplement de penser. C'est pourquoi le lieu véritable du souci de mémoire ne peut se délimiter que là où il sait tenir le juste équilibre entre conservation et oubli en sachant distinguer l'anecdotique des situations de l'essentiel qui se rapporte à la condition humaine. Ce faisant, il parvient à conserver mémoire de ce qui importe quand il mesure à quel point l'existence est désemparée lorsque l'amnésie partielle ou totale de son passé a fait sombrer sa vie d'avant car l'effondrement des souvenirs dans le néant entraîne l'effacement de tous ses points de repère dans la vie. L'amnésie fait de l'homme un étranger pour ses proches en le rendant étranger à sa propre vie et celle des peuples privés de leur passé en fait des errants sur la terre même de leurs ancêtres. Elle n'est, en effet, pathologie de la mémoire que parce qu'elle est pathologie de la personnalité elle-même. La perte de tout souvenir est perte de sa propre identité.
      Mais l'oubli délibéré n'est pas amnésie. Il est effacement de la part la moins essentielle de la vie car il sait qu'un tel effacement est condition nécessaire pour ouvrir dans la vie d'autres perspectives et d'autres possibilités. Pour que la vie commune ne devienne pas le champ clos de vengeances interminables, il leur faut savoir tracer un trait sur une part du passé. Il faut savoir oublier une part des injures et des offenses pour continuer à vivre, comme l'ont compris les peuples qui ont su le mieux sortir des périodes de dictature. On ne peut comptabiliser sans fin les fautes et les crimes sans faire de l'histoire des peuples le temps de règlements de comptes interminables. Toute communauté et tout peuple, en effet, sont toujours peu ou prou responsables d'injustices et de violences à l'endroit d'un autre peuple et nul ne pourra jamais vraiment payer la dette de ces violences. Mais pour continuer à vivre il faut savoir tirer un trait sur une part de ce passé.
      Une telle volonté d'oubli ne laisse pas entendre qu'alors il ne s'est rien passé ou que ce qui s'est passé n'était qu'anodin. En refusant de tenir un compte de tous les crimes, elle veut, bien plutôt, cesser de faire le procès des hommes pour conserver d'autant plus grande la vigilance de la conscience devant l'horreur de la violence. Les descendants des tortionnaires n'ont pas à régler la dette de leurs pères. Mais tous les hommes ont à conserver en mémoire le fait que l'horreur ait pu contaminer leur histoire.


La zone d'ombre

      
Conserver la mémoire de l'histoire contrastée des temps qui nous ont précédé est donc indispensable si l'on ne veut pas vivre la vie d'une manière naïve mais savoir discerner dans ce passé ce qui doit être oublié et ce qui ne le peut pas. Cependant, le souci de mémoire se heurte à une difficulté d'une toute autre ampleur lorsqu'il vient buter sur la part obscure que toute vie individuelle ou collective comporte en elle-même, cette part qui a été vécue et dont le souvenir ne perdure qu'en demeurant incapable de trouver les mots pour le dire. Les événements les plus violents qu'un individu ou qu'un peuple ont eu à endurer ne peuvent s'effacer de sa mémoire car cela s'est inscrit au cœur de leur vie même. Ils réussissent pourtant à prendre un statut différent dès lors que les mots qui les disent parviennent à les mettre à distance raisonnable du présent. La violence du viol ou de la torture est terrifiante et nul qui l'a endurée ne peut l'effacer de sa mémoire. Ce qui s'est passé est événement à nul autre pareil et la douleur inscrite dans la chair de l'existence ne cesse de faire retour comme si jamais rien d'autre ne s'était produit dans sa vie.
      Cela ne cesse de hanter chaque moment du présent, comme si la vie s'était arrêtée alors et que rien d'autre n'avait pu advenir, comme le hante également l'événement toujours évoqué à mi-mots et jamais dit en clair, tels ces secrets de famille où la communauté familiale a pu alors se croire déshonorée. Un tel événement a toujours rapport à une naissance ou à une mort, à une entrée dans la vie ou à une interruption violente d'une vie. Parce que cela a bouleversé la vie commune, on ne peut pas ne pas y penser sans cesse mais parce que cela est marqué du sceau de l'infamie cela ne peut être dit. Oser le dire libérerait chacun du poids de ce non-dit inavouable mais ce qui manque alors est le courage de regarder en face ce qui a été une part de la vie d'avant. Cela est vrai pour la communauté familiale qui n'ose pas affronter ses propres secrets, mais pour la vie des peuples qui se sont livrés sur d'autres à la violence d'une guerre barbare, de persécutions, de pogroms ou de génocides.
      L'histoire des individus et des peuples comporte toujours, à quelque degré, des pages demeurées blanches faute d'avoir pu oser les écrire. Pourtant ne pas les écrire ne fait pas que le passé n'ait pas eu lieu et tant que ces pages n'ont pas été écrites les événements qu'elles auraient relaté ne cessent de hanter la mémoire des plus lucides, telle une faute qui en appelle à l'aveu et à la repentance. En un sens, la réparation demeure impossible et rien ne pourra compenser tout à fait le tort infligé aux noirs réduits en esclavage, aux Indiens décimés, aux Arméniens, comme à toutes les victimes de la Shoah ou des divers Goulags, et à tant d'autres encore. Mais lorsque les descendants des tortionnaires que l'on ne peut pourtant désigner comme des coupables acceptent l'aveu de la faute commise et se repentent pour les fautes commises par leurs pères, cet aveu, s'il n'abolit le passé, permet aux générations nouvelles d'affronter leur destin d'une manière plus déterminée.
      Le passé conservé dans le silence qui esquive l'aveu de ce qui a eu lieu pense l'abolir en n'en parlant pas, alors que seule la parole qui ose le dire parvient à tracer ce trait qui rend la vie présente à la liberté de ses choix et de ses responsabilités. Accepter que le passé ne puisse être rendu à la vie autrement que dans le souvenir est en faire le deuil : non pas en gommer toute trace mais en refuser l'emprise obsédante.


La mémoire et la piété

      Conserver la mémoire de ce qu'a été la vie d'avant est donc permettre aux vivants de se situer eux-mêmes dans leur propre vie. Ils ne viennent pas de nulle part et du temps passé ils ont reçus un héritage pour une part heureux et bénéfique, à charge pour eux de respecter cette part heureuse et de lui demeurer fidèles. La fidélité à cet héritage comme, également, celle qui entend maintenir vivant l'engagement qui a été pris auparavant permet à la vie de trouver dans son moment présent l'ancrage qui lui donne sens. Cette fidélité à la part la meilleure de l'héritage aussi bien qu'à la parole donnée scelle une communauté de destin entre les vivants et leurs prédécesseurs comme entre le maintenant et l'autrefois. A condition toutefois de discerner avec justesse cette part la meilleure et celle qui ne l'est pas. En un sens, donc, un devoir de mémoire s'impose qui incite les hommes à demeurer fidèles à la meilleure part d'eux-mêmes mais aussi à demeurer vigilants devant la résurgence toujours possible de la violence meurtrière. Il faut savoir ne pas oublier les désastres que cette violence a pu entraîner mais pas davantage les sursauts héroïques qui se sont dressés contre elle.
      Et pourtant l'expression est ambiguë qui parle d'un devoir de mémoire car elle ne cesse de faire courir le risque d'une dérive d'autant plus pernicieuse qu'elle se pare des justifications les plus nobles. Sans doute, le devoir de mémoire est-il impératif dans toute communauté qui fonde son identité sur le seul maintien de ce qui a été autrefois et le respect inconditionné des traditions. "Etre ce que furent nos pères et rien de plus" est la devise avouée ou non de tous les traditionalismes pour qui le passé est la justification du présent et son unique vérité. Les communautés y gagnent de demeurer davantage soudées contre les périls extérieurs, de faire front et de se croire immunisées contre eux. Quelles que soient leur idéologie, nationale, politique ou religieuse, tous les communautarismes privilégient d'une manière exclusive le passé sur le présent. Mais ils ne le font qu'à partir d'une vision idéalisée du passé et au prix de la liberté présente des hommes car, si la fidélité au passé soude la communauté, elle commence sa dérive dès le moment où elle n'admet rien d'autre qu'elle-même. Pour elle, l'histoire est achevée et la seule tâche des vivants est de répéter ce qui a été fait autrefois.
      La fidélité conduite jusqu'à l'exaspération ne se contente de célébrer le passé qu'en soudant le présent à un temps antérieur, interdisant d'interroger ce passé pour en discerner les zones d'ombre et se tenir en garde contre leur retour. Elle interdit le libre examen sans lequel il ne peut y avoir réellement ni liberté ni pensée. Ce passé qu'elle célèbre, elle le sacralise. Ainsi, dans une part de la vie française, la célébration sans nuance de la Révolution française, comme si la Terreur n'avait été qu'un épisode banal et sans conséquences, ou dans le comportement de certains milieux juifs américains contemporains qui sacralisent le temps de la Shoah pour mieux justifier leur intolérance. Comme si le fait que des ancêtres avaient introduit dans l'Histoire des valeurs révolutionnaires et novatrices pouvait excuser tous les crimes commis en leur nom. Et comme si le fait d'êtres des juifs contemporains permettaient de s'approprier les souffrances des victimes de la Shoah pour justifier une politique d'intolérance.


Le souci de mémoire

      La mémoire qui sacralise le passé n'en retient qu'une part et, dans cette part elle ne sélectionne que ce qu'elle veut bien retenir. Et en imposant une piété sans appel à son endroit, elle ne parvient qu'à falsifier l'histoire et à fausser le rapport des contemporains à cette même histoire. C'est pour cette raison que, plutôt que de parler de devoir, je préfère parler de souci, lorsque c'est de la mémoire qu'il s'agit car un tel souci sait maintenir le discernement dans son rapport au passé.
      Il sait ainsi que nul ne peut vivre sa propre vie qu'en reconnaissant une dette à l'endroit de ceux qui l'ont précédé et que, dans le présent, la liberté ne peut faire ses propres choix qu'en se reconnaissant tenue à la fidélité. La vie ne commence pas à partir des choix présents et si ces choix imposent une rupture dans le temps ils ne peuvent réellement se vivre qu'en sachant s'inscrire dans une continuité. La fidélité à l'endroit de la part la meilleure du passé ne considère pas cette part comme meilleure parce que passée, mais parce qu'elle est vraie et authentique. Ce qui a commencé dans le passé de l'existence ou de la communauté à laquelle elle appartient n'est pas conservé à titre de vestige précieux mais parce qu'en cela s'exprime la part la meilleure de l'homme, qu'il vive dans le présent ou qu'il ait vécu dans l'autrefois.
      Il n'est donc de réel souci de mémoire que là où l'existence parvient à tenir ensemble la fidélité à un autre moment de la vie et le discernement qui sait reconnaître en ce temps passé la part la meilleure qu'elle peut accepter comme gage de la rectitude d'une vie qui se veut sensée. Pour vivre d'une manière humaine sa propre vie l'homme ne peut dissocier ses choix présents de l'avenir qu'ils engagent comme il lui faut savoir conserver en son souci le sens d'un temps qui déborde son présent en une profondeur que Thomas Mann a si magistralement restituée dans Joseph et ses frères.

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© L'Aleph, 1998-2003