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"Profond
est le puits du passé. Ne devrait-on pas dire qu'il est insondable
?"
(Thomas Mann.)
Il
faut que cessent les occupations qui la rivent au présent immédiat
de ses tâches ou dans le futur proche de ses projets ou, du moins,
qu'elles deviennent un temps moins prégnantes pour que le souci
de mémoire vienne solliciter la vie des hommes. Dans le présent
de leur vie, les hommes sont à l'uvre, occupés par
des travaux et des tâches qui mobilisent leur attention. Ils n'ont
alors nul besoin d'en appeler à des souvenirs d'un autre temps
de leur vie et lorsque le geste du travail en appelle à un passé
il ne le fait que pour convoquer un savoir-faire qui rend ce geste plus
facile parce que plus approprié. Un tel savoir-faire relève
davantage de l'habitude que du souvenir à proprement parler.
Dans
le quotidien ordinaire vivre est, en effet, agir et travailler, s'insérer
dans la communauté pour s'y faire une place ou pour la tenir.
Mais dès que survient le souci de mémoire l'homme habite,
désormais, sa vie d'une manière différente parce
qu'alors davantage auprès de lui-même. Le souci de mémoire
commence en ce moment précis où l'ensemble des tâches
ou des travaux lui importe moins que lui-même. Se souvenir est
façon de revenir vers soi, transformant son rapport au temps
et à sa propre vie.
Souci de mémoire, souci d'identité
Les
souvenirs conservés ne l'ont jamais été qu'à
l'insu de la volonté qui choisit car toutes ces scènes
conservées, atmosphères des lieux et des êtres ne
se sont inscrites dans la mémoire que par l'impact qu'elles ont
imprimé dans la vie affective. Rien n'y demeure que ce qui a
marqué, d'une manière heureuse ou malheureuse, cette vie
laissant dans le souvenir des atmosphères chaleureuses ou bien
des traces vives comme des blessures. Les unes, l'existence se plaît
à les retrouver, y retrouvant des vestiges de moments heureux
de sa vie passée, les autres, elle voudrait bien ne plus avoir
à les supporter, si vive est la douleur qui s'impose à
nouveau à elle, malgré elle.
La
mémoire qui fait revivre des moments antérieurs de la
vie n'a donc guère rapport aux sollicitations du présent.
Elle ne peut faire retour que lorsque ces sollicitations deviennent
moins pressantes pour une existence désormais davantage préoccupée
de soi car c'est de son être propre et de son identité
qu'il est alors question. Eveillés par un événement
du présent, un mot, un son, une couleur, ou une odeur les souvenirs
ne peuvent faire retour que parce que l'existence parvient à
se déprendre, un temps, des urgences du présent. Le retour
du souvenir la sollicite d'une manière différente car
le souci qui convoque la mémoire est préoccupé
de son identité personnelle. L'existence qui se souvient cherchant
à retrouver ce qu'elle a été. Elle est, en fait,
préoccupée de se retrouver soi-même.
Le temps qui passe change les êtres
au point de les rendre souvent difficilement reconnaissables. L'adulte
n'est plus l'enfant qu'il a été et le temps de son histoire
passée est tout entier aboli, sauf à conserver quelques-uns
de ces vestiges que revivent dans les souvenirs ou sont suscités
par des photos qui en sont le support. Ce qu'un tel souci recherche
est l'atmosphère d'une époque heureuse parce qu'alors
toute à son bonheur de vivre ou à ses rêves. Aussi,
revenir vers une époque antérieure de sa vie est-ce faire
retour vers soi pour retrouver, par delà les changements et les
ruptures du temps, le fil d'une continuité avec ce que l'on a
été ou, par contraste, avec ce dont on vient et dont on
est sorti. Les moments évoqués d'un bonheur de la vie
confortent le présent et ceux d'une époque douloureuse
confirment le présent, maintenant que la vie est délivrée
de ce qui l'a fait souffrir.
La profondeur du temps
Se
souvenir est donc toujours remonter le cours du temps, à la recherche
des époques perdues de la vie, pour retrouver le fil d'une histoire
personnelle ou la trame d'une filiation, pour en faire revivre des moments
et leur faire prendre place dans la continuité d'un récit.
Toute évocation d'un souvenir en appelle à des mots pour
se dire à soi-même et à d'autres. Dès lors,
en effet, qu'elle a pris forme de récit son statut s'affermit
et elle ne court plus le risque de s'évanouir dans l'oubli. Mais
le récit de l'histoire personnelle est indissolublement lié
à la trame de la filiation dans laquelle toute vie a commencé
et a pu devenir ce qu'elle est. Le temps de la vie personnelle n'est
ce qu'il est que parce qu'il est lié à la durée
plus longue de sa communauté, familiale, nationale ou religieuse.
Sans doute, les hommes qui vivent
accaparés par les sollicitations ou les tâches du présent
peuvent-ils n'avoir guère souci de ce que furent les temps qui
les ont précédés. Ils peuvent vaquer à leurs
occupations, indifférents aux vestiges des monuments ou aux archives
conservées dans les bibliothèques et vivre comme si tant
d'autres ne les avaient pas précédés dans la vie,
en ce lieu même où ils résident. Mais sitôt
que s'éveille en l'homme la conscience de la profondeur du temps
dans laquelle sa propre existence s'inscrit, le souci de conserver les
archives du passé et de les déchiffrer pour comprendre
ce qu'elles peuvent nous dire de l'homme en nous révélant
comment d'autres hommes ont vécu donne à l'histoire humaine
sa réelle dimension. Il ne s'agit plus de la simple histoire
personnelle ni même de celle d'une famille mais bien du devenir
de l'esprit humain dans la culture.
La
constante illusion du présent, en effet, est de se prendre pour
le tout de la possibilité humaine comme si rien de ce qui s'était
passé auparavant ne méritait d'être pris en considération
sinon à titre d'anecdotes. Alors ceux qui nous ont précédé
peuvent nous paraître touchants ou barbares comme le sont d'ailleurs
les "primitifs" des diverses régions du monde. De grands
enfants aux murs étranges mais en tout cas pas réellement
des hommes comme s'imaginent l'être les contemporains. Par contre,
dès lors que le moment contemporain accepte de se défaire
de ces illusions, il peut comprendre cette profondeur du temps qui façonne
chaque homme bien au-delà de ce qu'il peut en comprendre. Et
ce que l'histoire, entendue comme récit ordonné des âges
qui nous ont précédés, nous permet de comprendre
c'est cette étonnante complexité du devenir de l'esprit
dans l'homme. Les hommes du temps d'avant sont aussi des hommes. Ils
ne vivaient pas tout à fait de la même façon que
nous le faisons présentement et le fil qui nous relie à
eux témoigne d'une continuité en même temps que
de ruptures. Dans la continuité permanente des préoccupations
essentielles de tout homme devant la vie et de son inquiétude
devant la mort. Mais aussi dans la série des ruptures du fait
des changements introduits dans les représentations que les hommes
se sont fait d'eux-mêmes, du monde et du divin.
L'oubli pathologique et l'oubli délibéré
Le
sens de la permanence et des transformations qui constituent la trame
du devenir historique est au centre même du souci de mémoire,
chaque fois que ce souci se rapporte à cette continuité
discontinue, conscient de la prégnance du passé sur la
vie présente des hommes. Le souci de mémoire peut, certes,
se perdre dans l'inventaire et la récollection des innombrables
événements qui sont survenus au long des temps passés,
comme si connaître vraiment ce temps d'avant était garder
souvenir de tout ce qui s'est passé. Mais à quoi bon des
comptes si méticuleux si la conséquence d'un tel stockage
est de nous empêcher de vivre selon les requêtes du présent
?
Il est, en effet, un moment où
l'abondance des souvenirs devient empêchement à vivre.
Qui se souvient de tous les livres qu'il a lus ne peut jamais rien écrire
de sa propre initiative. L'abondance des citations qu'il croit indispensable
de faire l'empêche simplement de penser. C'est pourquoi le lieu
véritable du souci de mémoire ne peut se délimiter
que là où il sait tenir le juste équilibre entre
conservation et oubli en sachant distinguer l'anecdotique des situations
de l'essentiel qui se rapporte à la condition humaine. Ce faisant,
il parvient à conserver mémoire de ce qui importe quand
il mesure à quel point l'existence est désemparée
lorsque l'amnésie partielle ou totale de son passé a fait
sombrer sa vie d'avant car l'effondrement des souvenirs dans le néant
entraîne l'effacement de tous ses points de repère dans
la vie. L'amnésie fait de l'homme un étranger pour ses
proches en le rendant étranger à sa propre vie et celle
des peuples privés de leur passé en fait des errants sur
la terre même de leurs ancêtres. Elle n'est, en effet, pathologie
de la mémoire que parce qu'elle est pathologie de la personnalité
elle-même. La perte de tout souvenir est perte de sa propre identité.
Mais l'oubli délibéré
n'est pas amnésie. Il est effacement de la part la moins essentielle
de la vie car il sait qu'un tel effacement est condition nécessaire
pour ouvrir dans la vie d'autres perspectives et d'autres possibilités.
Pour que la vie commune ne devienne pas le champ clos de vengeances
interminables, il leur faut savoir tracer un trait sur une part du passé.
Il faut savoir oublier une part des injures et des offenses pour continuer
à vivre, comme l'ont compris les peuples qui ont su le mieux
sortir des périodes de dictature. On ne peut comptabiliser sans
fin les fautes et les crimes sans faire de l'histoire des peuples le
temps de règlements de comptes interminables. Toute communauté
et tout peuple, en effet, sont toujours peu ou prou responsables d'injustices
et de violences à l'endroit d'un autre peuple et nul ne pourra
jamais vraiment payer la dette de ces violences. Mais pour continuer
à vivre il faut savoir tirer un trait sur une part de ce passé.
Une telle volonté d'oubli
ne laisse pas entendre qu'alors il ne s'est rien passé ou que
ce qui s'est passé n'était qu'anodin. En refusant de tenir
un compte de tous les crimes, elle veut, bien plutôt, cesser de
faire le procès des hommes pour conserver d'autant plus grande
la vigilance de la conscience devant l'horreur de la violence. Les descendants
des tortionnaires n'ont pas à régler la dette de leurs
pères. Mais tous les hommes ont à conserver en mémoire
le fait que l'horreur ait pu contaminer leur histoire.
La zone d'ombre
Conserver
la mémoire de l'histoire contrastée des temps qui nous
ont précédé est donc indispensable si l'on ne veut
pas vivre la vie d'une manière naïve mais savoir discerner
dans ce passé ce qui doit être oublié et ce qui
ne le peut pas. Cependant, le souci de mémoire se heurte à
une difficulté d'une toute autre ampleur lorsqu'il vient buter
sur la part obscure que toute vie individuelle ou collective comporte
en elle-même, cette part qui a été vécue
et dont le souvenir ne perdure qu'en demeurant incapable de trouver
les mots pour le dire. Les événements les plus violents
qu'un individu ou qu'un peuple ont eu à endurer ne peuvent s'effacer
de sa mémoire car cela s'est inscrit au cur de leur vie
même. Ils réussissent pourtant à prendre un statut
différent dès lors que les mots qui les disent parviennent
à les mettre à distance raisonnable du présent.
La violence du viol ou de la torture est terrifiante et nul qui l'a
endurée ne peut l'effacer de sa mémoire. Ce qui s'est
passé est événement à nul autre pareil et
la douleur inscrite dans la chair de l'existence ne cesse de faire retour
comme si jamais rien d'autre ne s'était produit dans sa vie.
Cela ne cesse de hanter chaque moment
du présent, comme si la vie s'était arrêtée
alors et que rien d'autre n'avait pu advenir, comme le hante également
l'événement toujours évoqué à mi-mots
et jamais dit en clair, tels ces secrets de famille où la communauté
familiale a pu alors se croire déshonorée. Un tel événement
a toujours rapport à une naissance ou à une mort, à
une entrée dans la vie ou à une interruption violente
d'une vie. Parce que cela a bouleversé la vie commune, on ne
peut pas ne pas y penser sans cesse mais parce que cela est marqué
du sceau de l'infamie cela ne peut être dit. Oser le dire libérerait
chacun du poids de ce non-dit inavouable mais ce qui manque alors est
le courage de regarder en face ce qui a été une part de
la vie d'avant. Cela est vrai pour la communauté familiale qui
n'ose pas affronter ses propres secrets, mais pour la vie des peuples
qui se sont livrés sur d'autres à la violence d'une guerre
barbare, de persécutions, de pogroms ou de génocides.
L'histoire des individus et des
peuples comporte toujours, à quelque degré, des pages
demeurées blanches faute d'avoir pu oser les écrire. Pourtant
ne pas les écrire ne fait pas que le passé n'ait pas eu
lieu et tant que ces pages n'ont pas été écrites
les événements qu'elles auraient relaté ne cessent
de hanter la mémoire des plus lucides, telle une faute qui en
appelle à l'aveu et à la repentance. En un sens, la réparation
demeure impossible et rien ne pourra compenser tout à fait le
tort infligé aux noirs réduits en esclavage, aux Indiens
décimés, aux Arméniens, comme à toutes les
victimes de la Shoah ou des divers Goulags, et à tant d'autres
encore. Mais lorsque les descendants des tortionnaires que l'on ne peut
pourtant désigner comme des coupables acceptent l'aveu de la
faute commise et se repentent pour les fautes commises par leurs pères,
cet aveu, s'il n'abolit le passé, permet aux générations
nouvelles d'affronter leur destin d'une manière plus déterminée.
Le passé conservé
dans le silence qui esquive l'aveu de ce qui a eu lieu pense l'abolir
en n'en parlant pas, alors que seule la parole qui ose le dire parvient
à tracer ce trait qui rend la vie présente à la
liberté de ses choix et de ses responsabilités. Accepter
que le passé ne puisse être rendu à la vie autrement
que dans le souvenir est en faire le deuil : non pas en gommer toute
trace mais en refuser l'emprise obsédante.
La
mémoire et la piété
Conserver
la mémoire de ce qu'a été la vie d'avant est donc
permettre aux vivants de se situer eux-mêmes dans leur propre
vie. Ils ne viennent pas de nulle part et du temps passé ils
ont reçus un héritage pour une part heureux et bénéfique,
à charge pour eux de respecter cette part heureuse et de lui
demeurer fidèles. La fidélité à cet héritage
comme, également, celle qui entend maintenir vivant l'engagement
qui a été pris auparavant permet à la vie de trouver
dans son moment présent l'ancrage qui lui donne sens. Cette fidélité
à la part la meilleure de l'héritage aussi bien qu'à
la parole donnée scelle une communauté de destin entre
les vivants et leurs prédécesseurs comme entre le maintenant
et l'autrefois. A condition toutefois de discerner avec justesse cette
part la meilleure et celle qui ne l'est pas. En un sens, donc, un devoir
de mémoire s'impose qui incite les hommes à demeurer fidèles
à la meilleure part d'eux-mêmes mais aussi à demeurer
vigilants devant la résurgence toujours possible de la violence
meurtrière. Il faut savoir ne pas oublier les désastres
que cette violence a pu entraîner mais pas davantage les sursauts
héroïques qui se sont dressés contre elle.
Et pourtant l'expression est ambiguë
qui parle d'un devoir de mémoire car elle ne cesse de faire courir
le risque d'une dérive d'autant plus pernicieuse qu'elle se pare
des justifications les plus nobles. Sans doute, le devoir de mémoire
est-il impératif dans toute communauté qui fonde son identité
sur le seul maintien de ce qui a été autrefois et le respect
inconditionné des traditions. "Etre ce que furent nos pères
et rien de plus" est la devise avouée ou non de tous les
traditionalismes pour qui le passé est la justification du présent
et son unique vérité. Les communautés y gagnent
de demeurer davantage soudées contre les périls extérieurs,
de faire front et de se croire immunisées contre eux. Quelles
que soient leur idéologie, nationale, politique ou religieuse,
tous les communautarismes privilégient d'une manière exclusive
le passé sur le présent. Mais ils ne le font qu'à
partir d'une vision idéalisée du passé et au prix
de la liberté présente des hommes car, si la fidélité
au passé soude la communauté, elle commence sa dérive
dès le moment où elle n'admet rien d'autre qu'elle-même.
Pour elle, l'histoire est achevée et la seule tâche des
vivants est de répéter ce qui a été fait
autrefois.
La fidélité conduite
jusqu'à l'exaspération ne se contente de célébrer
le passé qu'en soudant le présent à un temps antérieur,
interdisant d'interroger ce passé pour en discerner les zones
d'ombre et se tenir en garde contre leur retour. Elle interdit le libre
examen sans lequel il ne peut y avoir réellement ni liberté
ni pensée. Ce passé qu'elle célèbre, elle
le sacralise. Ainsi, dans une part de la vie française, la célébration
sans nuance de la Révolution française, comme si la Terreur
n'avait été qu'un épisode banal et sans conséquences,
ou dans le comportement de certains milieux juifs américains
contemporains qui sacralisent le temps de la Shoah pour mieux justifier
leur intolérance. Comme si le fait que des ancêtres avaient
introduit dans l'Histoire des valeurs révolutionnaires et novatrices
pouvait excuser tous les crimes commis en leur nom. Et comme si le fait
d'êtres des juifs contemporains permettaient de s'approprier les
souffrances des victimes de la Shoah pour justifier une politique d'intolérance.
Le souci de mémoire
La
mémoire qui sacralise le passé n'en retient qu'une part
et, dans cette part elle ne sélectionne que ce qu'elle veut bien
retenir. Et en imposant une piété sans appel à
son endroit, elle ne parvient qu'à falsifier l'histoire et à
fausser le rapport des contemporains à cette même histoire.
C'est pour cette raison que, plutôt que de parler de devoir, je
préfère parler de souci, lorsque c'est de la mémoire
qu'il s'agit car un tel souci sait maintenir le discernement dans son
rapport au passé.
Il sait ainsi que nul ne peut vivre
sa propre vie qu'en reconnaissant une dette à l'endroit de ceux
qui l'ont précédé et que, dans le présent,
la liberté ne peut faire ses propres choix qu'en se reconnaissant
tenue à la fidélité. La vie ne commence pas à
partir des choix présents et si ces choix imposent une rupture
dans le temps ils ne peuvent réellement se vivre qu'en sachant
s'inscrire dans une continuité. La fidélité à
l'endroit de la part la meilleure du passé ne considère
pas cette part comme meilleure parce que passée, mais parce qu'elle
est vraie et authentique. Ce qui a commencé dans le passé
de l'existence ou de la communauté à laquelle elle appartient
n'est pas conservé à titre de vestige précieux
mais parce qu'en cela s'exprime la part la meilleure de l'homme, qu'il
vive dans le présent ou qu'il ait vécu dans l'autrefois.
Il n'est donc de réel souci
de mémoire que là où l'existence parvient à
tenir ensemble la fidélité à un autre moment de
la vie et le discernement qui sait reconnaître en ce temps passé
la part la meilleure qu'elle peut accepter comme gage de la rectitude
d'une vie qui se veut sensée. Pour vivre d'une manière
humaine sa propre vie l'homme ne peut dissocier ses choix présents
de l'avenir qu'ils engagent comme il lui faut savoir conserver en son
souci le sens d'un temps qui déborde son présent en une
profondeur que Thomas Mann a si magistralement restituée dans
Joseph et ses frères.
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