L'ALEPH n°8, ArTguments II

________Edito________
(Par S. Pawloff)


    A
rtguments II peut se lire comme continuation-explicitation d'un thème déjà en travail dans le numéro précédent Artguments I : le point de vue artistique.
      Le point de vue pourrait se définir ici comme lieu d'où montrer-voir pour dire (ou pas)… Ce que les œuvres-de-l'art pourraient alors proposer consisterait en des points de vue d'un type particulier, forgés doublement, en deux lieux et en deux temps, versant artiste et versant spectateur. A la différence des points de vue savants qui, eux, s'attacheraient fondamentalement à comprendre ou expliquer des objets du réel et leurs logiques, les points de vue artistiques créés par et dans les oeuvres-de-l'art produiraient d'abord du montrer-voir, au lieu du plus intime et du plus social. Que du dire puisse s'articuler au montrer-voir fonderait du lien, indirect ou direct. L'art, ça ferait montrer-voir et ça ferait parler, l'art ça ferait lien sur fond de rien, c'est-à-dire de trou dans le représentable. Mais l'art ferait-il également rencontre, à l'occasion, autour de quelques unes de ses œuvres-points-de-vue ?
    C'est là le pari de L'ALEPH avec ses deux numéros Artguments qui furent pensés et réalisés en vue d'un passage… du texte à l'événement. Passage d'un dispositif d'énoncés-images - la revue - à un dispositif de présences dialogiques - l'exposition "Artguments".
    Qu'entendre par événement défini comme "présences dialogiques" autour d'œuvres-de-l'art ? Simplement l'incertain et l'inédit caractéristiques de toute rencontre réelle où le média - un texte, un tableau, une photo, une performance - se voit inclus dans un procès de négociation permanente du fait d'un "droit de réponse" et d'une "mise en présence", d'une possibilité quasi-immédiate à la confrontation à d'autres points de vue. Evidemment, la certaine tranquillité de l'écrit, du dit, du montré et du lu ne pourra probablement qu'être troublée - d'un trouble porteur - par la négociation. L'événement "Artguments" comme pratique de la négociation esthétique…
    Que le trouble vienne des arts ne fut pas pour nous déplaire. Qu'il ait pu venir en particulier des arts - en textes, en images et en actes - tiendrait à la nature de l'acte de création et aux fonctions de l'art dans notre modernité occidentale.
       
Souhaitons qu'un troisième temps advienne, un temps de retour au média mais différemment. Retour aux médias : en un mot, retour à la revue, mais aussi aux œuvres des artistes présentés, à d'autres œuvres et à d'autres textes-images également.
      
Reste une question : ce troisième temps serait-il, sera-t-il le dernier ? Ou se constituera-t-il comme ouvert…


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