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(Par
Olivier Gérard)
""Ceci
n'est pas un roman. Ni même un récit. C'est une histoire.
Elle commence avec un homme qui traverse le monde et finit avec un lac
qui est là, comme ça, dans les journées du vent.
L'homme s'appelle Hervé Joncourt. Le lac on ne sait pas."
Plutôt
un conte, une de ces lectures nous plongeant en un univers particulier,
cotonneux, fluide, telles certaines musiques répétitives,
parsemées ci et là de quelques notes de piano ou d'un violon
d'une douce tristesse, une musique "blanche" comme la nomme
l'auteur, une du silence... Et c'est ainsi que la vie de H. Joncourt défile
au gré des pages, celle "[d'] un de ces homme qui aiment assister
à leur propre vie, considérant comme déplacée
toute ambition de la vivre". Ici, le cadre importe peu, l'exotisme
des voyages entrepris jusqu'au Japon en cette seconde moitié du
XIXème siècle, afin d'en ramener des larves de vers à
soie, semble n'être là que pour mieux nous rappeler le caractère
éminemment tragique de cette histoire. Celle d'un homme spectateur
de sa propre existence, heureux, en tout cas pas malheureux, croyant aimer
sa femme, l'aimant même de toute son âme, et qui, un jour,
croise le regard d'une autre, énigmatique, mystérieuse,
et le restera à jamais.
L'histoire
d'une rencontre pensez-vous, eh bien non, ce serait plutôt celle
d'une non-rencontre, celle d'Hervé Joncourt et de sa femme, cette
dernière lui apportant la meilleure preuve d'amour qui "soie"
: Agapè. Et finalement cette histoire pourrait bien n'être
que celle de cette femme, déchirée par l'indifférence
maladive de son époux à la vie, qui, toujours, calmement,
tranquillement, laisse glisser même une passion naissante pour,
au bout du compte, terminer sa vie comme il l'a toujours vécue
: "Parfois, les jours de vent, Hervé Joncourt descendait jusqu'au
lac et passait des heures à le regarder, parce qu'il lui semblait
voir, dessiné sur l'eau, le spectacle léger, et inexplicable,
qu'avait été sa vie."
(Texte
publié dans L'Aleph n°7,
Juin 2001)
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