(Par J.-C. Beaune)
"Les
Maîtres du Grand Véhicule enseignent que la vacuité
est l'essentiel de l'univers. Ils ont pleinement raison en ce qui concerne
cette infime part d'univers qu'est ce livre. "
(J. L. Borgès, Histoire de l'infamie.)
Déchet,
rebut, rien
ces notions fondamentales s'offrent comme objets dans
des champs spécifiques du savoir, technologique, anthropologique
et philosophique.
Le déchet : ce qui est mis
de côté, délaissé - la poubelle et la décharge
- les lieux où un certain sens originel peut non seulement s'exprimer
mais proliférer sur le monde ; pour reprendre le dictionnaire Robert
: "Ce qui tombe de la matière qu'on travaille : copeau, débris,
épluchure". La perte et ses diverses modalités rayonnent
de la matière elle-même, la capacité d'y remonter
peut-être : techniquement, scientifiquement, dialectiquement ?
Le rebut : ce qui est jeté,
ce qu'il y a de plus mauvais dans un ensemble, l'opprobre matériel,
humain peut-être si cet individu est "un moins que rien",
pas même monstrueux ou au-delà s'il se peut. Le rébus
du rebut nous rapproche de la chose des profondeurs et des aliénations
; de l'homme, comme du vivant, aux limites de sa négation, de sa
déliquescence mais qui demeure là, irréductible,
à l'image d'une sculpture de César.
Le rien n'est pas seulement l'absence
: c'est aussi l'inutile, le ridicule, l'insignifiant. Ce peut être
le néant mais c'est encore la bagatelle jusqu'à la niaiserie.
Contre un rien de matière, l'esprit se croit le seul et le plus
fort sans doute. Et le néant n'est pas loin avec son cortège
de banalités, d'inutiles et d'innommables.
Au
déchet, on associe volontiers le procès technologique mis
en uvre dans les filières de production industrielle où
il est question de sa gestion et de son traitement.
Au rebut, des approches anthropologiques
mettant en exergue les perceptions et représentations de la pollution,
de la souillure, des nuisances et le rapport que nous entretenons avec
les matières déchues ou inutiles, ici comme ailleurs.
Au rien, la dimension philosophique,
épistémologique, voire métaphysique, s'appuyant sur
l'idée de corruption et sur la problématique de dissolution
de la matière, physique ou biologique, des choses aux humains.
Le présent ouvrage se propose
de cerner cette triade de façon globale, afin de mesurer les problématiques,
les approches et les enjeux dont chacun des participants sera, en somme,
un rapporteur compétent.
(Texte
publié dans L'Aleph n°1,
Février 1999)
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