J.-C. Beaune (sous la direction de)

- Le déchet, le rebut, le rien, Actes du colloque de Lyon, coll. "Milieux", Champ Vallon, 1999 -


(Par J.-C. Beaune)

    "Les Maîtres du Grand Véhicule enseignent que la vacuité est l'essentiel de l'univers. Ils ont pleinement raison en ce qui concerne cette infime part d'univers qu'est ce livre. "
(J. L. Borgès,
Histoire de l'infamie.)

   Déchet, rebut, rien… ces notions fondamentales s'offrent comme objets dans des champs spécifiques du savoir, technologique, anthropologique et philosophique.
      Le déchet : ce qui est mis de côté, délaissé - la poubelle et la décharge - les lieux où un certain sens originel peut non seulement s'exprimer mais proliférer sur le monde ; pour reprendre le dictionnaire Robert : "Ce qui tombe de la matière qu'on travaille : copeau, débris, épluchure". La perte et ses diverses modalités rayonnent de la matière elle-même, la capacité d'y remonter peut-être : techniquement, scientifiquement, dialectiquement ?
      Le rebut : ce qui est jeté, ce qu'il y a de plus mauvais dans un ensemble, l'opprobre matériel, humain peut-être si cet individu est "un moins que rien", pas même monstrueux ou au-delà s'il se peut. Le rébus du rebut nous rapproche de la chose des profondeurs et des aliénations ; de l'homme, comme du vivant, aux limites de sa négation, de sa déliquescence mais qui demeure là, irréductible, à l'image d'une sculpture de César.
      Le rien n'est pas seulement l'absence : c'est aussi l'inutile, le ridicule, l'insignifiant. Ce peut être le néant mais c'est encore la bagatelle jusqu'à la niaiserie. Contre un rien de matière, l'esprit se croit le seul et le plus fort sans doute. Et le néant n'est pas loin avec son cortège de banalités, d'inutiles et d'innommables.

    Au déchet, on associe volontiers le procès technologique mis en œuvre dans les filières de production industrielle où il est question de sa gestion et de son traitement.
      Au rebut, des approches anthropologiques mettant en exergue les perceptions et représentations de la pollution, de la souillure, des nuisances et le rapport que nous entretenons avec les matières déchues ou inutiles, ici comme ailleurs.
      Au rien, la dimension philosophique, épistémologique, voire métaphysique, s'appuyant sur l'idée de corruption et sur la problématique de dissolution de la matière, physique ou biologique, des choses aux humains.
      Le présent ouvrage se propose de cerner cette triade de façon globale, afin de mesurer les problématiques, les approches et les enjeux dont chacun des participants sera, en somme, un rapporteur compétent.

(Texte publié dans L'Aleph n°1, Février 1999)


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