William Blake

(Article et traductions : Amadeo)

    William Blake pousse son premier cri le 28 Novembre 1757 à Londres. Jeune prodige dans les arts graphiques il a le privilège de faire ses études à la Royal Academy. Graveur, éditeur, peintre... son talent lui permet d'illustrer et d'annoter beaucoup de livres, dont ceux de Swedenborg (Heaven and Hell et d'autres auxquels il semble adhérer avant de vivement en critiquer les théories). Féru de poètes tels que Dante ou Milton, de théologie et de philosophie, il publie également ses propres poèmes - qu'il écrit pour les "children of the future age". Après ses premiers poèmes et les Songs of Innocence and of Experience (contenant l'amusante et délicieuse allégorie de l'acte sexuel "The Sick Rose" - reprise par COIL sur leur album "Love's Secret Domain"), sa prose métaphysique devient plus complexe et absconse : il va jusqu'à inventer toute une cosmogonie hermétique l'épique Four Zoas et la série de Prophéties, Livres et Chants où se croisent tous les protagonistes de son univers : Los l'éternel Prophète, Urizen l'éternel Prêtre, Fuzon le fils d'Urizen, Orc qui se dresse contre toute oppression politique et répression sexuelle...). Ses œuvres visionnaires se font les instruments de construction de la Nouvelle Jérusalem (Visions of the Daughters of Albion, America : A Prophecy, Europe : A Prophecy). Des outils honteusement laissés de côté depuis. Or, il fut l'un des premiers à souligner la corrélation des problèmes associés à la cruauté, au pharisaïsme, aux troubles sexuels générés par une morale chrétienne castratrice, à la répression de l'énergie par la sacro-sainte raison (n'oublions pas qu'il doit supporter ce foutu siècle des Lumières...) et à l'iniquité sociale qui sont autant de symptômes de l'absence d'Amour et de l'inanition de l'Esprit...

La Voix du Diable *
Toutes les Bibles et autres codes sacrés sont responsables des Erreurs suivantes :
1. Que l'Homme est la somme de deux véritables principes vivants ; qui sont un Corps et une Ame.
2. Que l'Energie, aussi appelée le Mal, ne dépend que du Corps ; et que la Raison, aussi appelée le Bien, ne découle que de l'Ame.
3. Que Dieu tourmentera pendant l'Eternité l'Homme si ce dernier utilise ses Energies.
Mais la Vérité est contenue dans les Contraires suivants :
1. Le Corps et l'Ame de l'Homme ne sont pas distincts l'un de l'autre, car ce que l'on nomme Corps est une partie de l'Ame discernée par les cinq Sens, les anses principales de l'Ame en cet Age.
2. L'Energie est la seule forme de vie et provient du Corps et la Raison est aux frontières ou à l'extérieur de la circonférence de cette Energie.
3. L'Energie est l'Enchantement Eternel.

Le Mariage du Ciel et de l'Enfer, 1792.

Le Jardin de l'Amour
Je me suis rendu au Jardin de l'Amour
Et vis ce que jamais je n'avais vu jusque lors :
Une Chapelle y était construite au beau milieu,
Sur la pelouse, là où j'avais l'habitude de jouer.

Et les grilles de cette Chapelle étaient closes,
Et sur la porte était inscrit un Commandement ** ;
C'est alors que je me suis retourné vers le Jardin de l'Amour
Où tant de fleurs exquises s'épanouissaient avant,

Et remarqua qu'il était saturé de tombes,
Et de pierres tombales là où devrait se trouver la flore :
Et des Prêtres en robe noire faisaient leur ronde
Et, à l'aide de ronces, ligotaient mes joies et mes désirs.

Les Chants de l'Expérience, 1789-94.

* Que l'on me pardonne de lever mon majeur droit à la face de tous les imbéciles gRothiSques qui aiment tant se simplifier la tâche en prenant tout au premier degré. S'ils avaient la sagesse de creuser un peu plus leur ultime neurone valide, ils verraient peut-être que William Blake, en digne précurseur du mage-farceur Aleister Crowley, est aussi sataniste que je suis hétéro (et c'est peu dire !).

** "Thou shalt not..." dans le texte, à l'image des dix Commandements (ex. avec le 6ème Commandement : "Thou shalt not kill" = "tu ne tueras pas"). Or, les Commandements que l'on avait coutume d'écrire sur les portes et portails des églises - en accord avec l'injonction du Deutéronome 6 : 9 - étaient positifs (ex. "Thou shalt love the Lord thy god" = "Tu aimeras le Seigneur, ton dieu") ; ici, l'inversion apporte son funeste cortège de malheurs et de mépris(es).

(Texte publié dans L'Aleph n°1, Février 1999)



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