Italo Calvino

- Le Baron perché, coll. "Points", Editions du Seuil, 1959. L’ouvrage fait partie de la trilogie "Nos ancêtres", Seuil -

    
(Par M. Veyrat)


    L’histoire que nous raconte Italo Calvino débute comme un conte pour enfants, devant réjouir les plus malicieux et aventureux d’entre eux ; délicieux mélange d’aventures de Tarzan, d’un zeste de Robinson et d’une petite touche de Castors Juniors. Oui, mais…

    Parce qu’il a refusé catégoriquement de manger des escargots, Côme quitte la table familiale, s’enfuit dans le jardin et grimpe dans un arbre – dans son arbre.
Jusque là, rien que de très banal.
      Seulement voilà, Côme n’est pas un adolescent ordinaire. Il est baron, se nomme Côme Laverse du Rondeau et vit en Ligurie dans les années 1760. Malgré les menaces de son père et les lamentations de sa mère, il ne redescendra pas de son arbre ; ni à la nuit tombée, ni le lendemain, ni JAMAIS. Côme passera sa vie entière dans les arbres et de son immense domaine aérien dont il repousse sans cesse les limites, il regardera vivre la nature, les animaux et surtout les hommes.

    Donc Côme (grâce à quelques complicités bienveillantes, certes) construit son monde. Il chasse (un peu), apprend à se protéger du froid et de la pluie et avec l’aide de son jeune frère, grand pourvoyeur de livres, il étudie avec passion. Tout l’esprit de cette fin de XVIIIe siècle parviendra jusqu’à son perchoir. Côme suivra tous les mouvements politiques, philosophiques, religieux de son époque. Il verra passer sous ses arbres des pirates turcs, des soldats français, des personnages illustres comme Napoléon et même le Prince André de Guerre et Paix (on visitait déjà beaucoup l’Italie à cette époque) ! A Paris, Voltaire lui-même entendra parler de ce curieux homme.

    Côme est tout à la fois un individualiste forcené, un homme rêvant de société universelle, un touche à tout génial, un peu savant, un peu politique et, même, un amoureux inventif entraînant certaines de ses conquêtes dans les arbres !
Beaucoup tenteront de lui faire retrouver la terre ferme, d’autres le rejoindront pour un temps, mais rien ni personne ne réussira à lui faire renoncer à son idée fixe. Il ne descendra JAMAIS, pas même pour mourir.

    Dans ce conte philosophique, hommage à peine déguisé aux auteurs du XVIIIe siècle, Calvino nous brosse avec tendresse un portrait qui pourrait être le sien ou plutôt celui d’un frère jumeau qui, comme lui, aurait été un peu historien, inventeur de fictions, de récits scientifiques, d’essais, un amoureux de la nature qui aurait aimé par dessus tout les arbres au point d’y passer sa vie entière.

(Texte publié dans L'Aleph n°8, Septembre 2001)


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