Hanif Kureishi |
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Intimacy (1998), faber and faber, London - Boston. Trad.
française : Intimité. Trad. de Brice Matthieussent,
Christian Bourgois éditeur (1998) - |
| (Par Denis Jamet) Après avoir été professeur de philosophie à King's College à Londres, metteur en scène pour le théâtre et le cinéma, écrivain de nouvelles et romans, sans jamais cesser de jongler entre ces multiples activités, Hanif Kureishi nous livre son dernier roman : Intimité. Kureishi a le mérite de ne pas s'enfermer dans un style précis, que ce soit au théâtre ou en littérature ; soit, les thèmes centraux de son œuvre reviennent régulièrement, mais les méthodes narratives ainsi que la focalisation adoptée varient d'un roman à l'autre. Si Le Bouddha de banlieue ou L'album noir pouvaient faire sourire, voire rire le lecteur, ce n'est nullement le cas avec ce dernier roman, le plus achevé sans doute. Il semble s'être totalement investi dans son écriture, dans les références fortement autobiographiques qu'il contient ; comment quelqu'un qui n'a pas vécu cette souffrance existentielle, ce mal de vivre peut-il la décrire aussi bien ? Grâce à la technique bien connue de la focalisation interne ou du courant de conscience, le lecteur peut suivre les états d'esprit de Jay, le protagoniste narrateur, partager ses hésitations, ses doutes, ses peurs, ses angoisses... Le roman s'ouvre sur Jay alors qu'il est sur le point de quitter femme et enfants, alors qu'il vient de perdre la femme qu'il aimait vraiment. La diégèse en elle-même ne s'étend que sur une soirée et sur une nuit, la nuit fatidique où Jay doit se décider : partir ou rester ? Le lecteur peut ainsi suivre la progression - si progression il y a - de Jay, alors que son quotidien l'entoure, et qu'il ne se sent pas "chez lui" dans ce quotidien, qui ne lui appartient plus, qui ne lui a jamais appartenu. Par de nombreuses prolepses, le lecteur découvre graduellement la vie de Jay, dans ce mariage sans véritable amour où la routine a achevé son œuvre de déconstruction et mis à nu la oh trop combien sordide réalité, dont il a besoin de s'échapper pour survivre. Car à ce point précis du récit, ce n'est plus une question de vie, mais de survie. Alors Jay partira-t-il ? Je ne révélerai rien dans ces lignes, et laisserai le plaisir au lecteur de sourire - amèrement certes - et de suivre les pensées confuses de Jay. D'hésitations en hésitations, de résolutions, en résolutions, Jay arrive à dire le contraire de ce qu'il a prôné quelques lignes auparavant. La progression du narrateur, accompagné de sa bouteille de vin, révèle une narration de plus en plus décousue, de plus en plus morcelée, emblème de sa vie intérieure. Cependant, au fur et à mesure que Jay sombre dans sa propre déchéance, il en devient de plus en plus attachant, de plus en plus humain, de plus en plus vrai, car émergent ses véritables sentiments, que la morale et la "normalité" du monde contemporain ne briment plus. C'est donc une descente au fond de lui-même, au fond de sa solitude, de ses angoisses, de ses peurs que Jay entreprend ce soir - l'extrait suivant en témoigne : "La peur est une chose que je reconnais. Mon enfance a encore un goût de peur ; des heures et des mois de peur. (…) Il y a aussi la peur de ce que l'on voulait, détestait et désirait ; la peur de sa propre colère, la peur des représailles et de l'annihilation. Il y a l'habitude, la convention et la moralité aussi bien que la peur de ce qu'on va peut-être devenir" (pp.40-41). Tout en étant conscient de son existence, et de son moteur comme immobilité existentielle, le roman dénonce la lâcheté quotidienne, l'immobilisme dû à la lassitude, un certain masochisme, une certaine complaisance, un certain contentement de la médiocrité de tous les jours... Jay arrivera-t-il alors à laisser parler ses réels sentiments ? Leur laissera-t-il libre cours à la fin de la diégèse ? A vous de le découvrir. (Texte
publié dans L'Aleph n°1,
Février 1999) ________________________________ Pièces
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