Henry Miller |
| -
A
Devil in Paradise (1956). Trad. française : Un diable
au paradis. Traduit de l'américain par Axel Grall, "10/18",
1992
- |
| (Par Stéphane Pawloff) |
| Vous
qui avez toujours rêvé d'un ami, d'un vrai, l'un de ceux
ô combien rares - une perle ! - qui ne vous laisseront pas tomber
à la première occase, à la moindre déconvenue,
et même un ami qui s'accrocherait, coûte que coûte,
à
votre amitié, j'ai peut-être ce qu'il vous
faut : "Ce fut Anaïs Nin qui me présenta Conrad Téricand.
Un jour de l'automne 1936, elle l'amena à mon studio de la villa
de Seurat. Dans l'ensemble, mes premières impressions ne furent
pas très favorables. L'homme semblait sombre, didactique, entier
dans ses opinions, centré sur soi. Tout son être était
imprégné d'une sorte de fatalisme" (p.7). Au début,
évidemment, ça peut surprendre, mais vraiment, s'en arrêter
là, à ses premières impressions
quelle reculade
! En plus, ça tombe bien, l'homme - le fameux Conrad - se prétend
maître en astrologie, ce que d'ailleurs nul ne peut lui contester,
enfin dans une certaine mesure, et l'astrologie, voyez-vous ça,
ça vous a toujours titillé - "vous", c'est-à-dire
le narrateur, Henry Miller. Et puis c'est une affaire de rencontre, de
complémentarité
"Apparemment, je constituais
pour lui une espèce de stimulant. Mon insouciance et mon optimisme
naturels devaient être complémentaires de son pessimisme
invétéré et de sa prudence. J'étais franc
et ne mâchais pas mes mots. Lui, judicieux et sur la réserve"
(p.11)
de complémentarité et de ressemblance
"Ce que nous avions en commun, c'était la nature fondamentale
des Capricorne" (p.12). Voilà, vous avez un ami, c'était
simple en définitive et ça fait du bien. Et puis un jour,
parce que vous avez "un grand cur", et lui vraiment pas
d'chance, "un grand cur" qui ménage toujours une
petite place pour une grosse culpabilité - un peu de charité,
que diable ! -, et parce que la chance, qui sait vraiment si ça
s'attrape, ça se donne, ça vous tombe dessus, ou bien ça
se mérite - qui pourrait le certifier ? -, parce que d'la chance,
si l'autre n'en a pas, votre ami à vous - enfin, votre "ami"
-, c'est un peu à cause de vous, forcément, ça vous
concerne, ça vous inclut, c'est ça l'amitié. Alors
vous vous devez de réparer cette injustice, on ne laisse pas tomber
un ami, hein ?! (Texte publié dans L'Aleph n°5-6, Novembre 2000) ________________________________ |
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