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Philosophe et Webdesigner, S. Viola fait partie
du groupe de recherche du projet HyperNietzsche (actuellement basé
a Munich) où il est chargé du développement de l'interface
utilisateur du site www.hypernietzsche.org. Il est entre autre responsable
du "Nietzsche News Center" (www.hypernietzsche.org/nnc/), un
portail sur les nouveautés du monde des études nietzschéennes.
- Vous
faites partie d'un groupe de chercheurs européens qui travaille
sur l'œuvre de Nietzsche. Qui en a eu l'idée ? Qu'est ce que
l’Hypernietzsche ? Comment cela se met-il en place sur Internet
?
L’Hypernietzsche
est né d’une idée de Paolo d’Iorio, chercheur
à "l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes"
du CNRS. C’est un système qui permet de traiter les manuscrits
de Nietzsche selon un ordonnancement chronologique, génétique
et thématique, en lien avec des essais ou recherches produits par
différents spécialistes.
L’Hypernietzsche
est avant tout quelque chose de concret : c’est un site Internet
que chacun peut consulter, ouvert aux spécialistes de Nietzsche
comme à ceux qui ont envie d’en savoir plus après
une conversation entre amis. Pour y avoir accès, il suffit de se
connecter sur www.hypernietzsche.org.
Nous possédons aussi un site
qui est un agenda international sur toutes les activités consacrées
à Nietzsche : www.hypernietzsche.org/nnc/.
L’Hypernietzsche est une sorte
de grand livre dans lequel on peut se promener non seulement à
travers l’œuvre de Frédéric Nietzsche, ses manuscrits,
sa correspondance et les essais critiques, mais aussi en consultant les
éditions originales des œuvres. C’est un laboratoire
virtuel qui sert à travailler grâce à une coopération
délocalisée et donc internationale.
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Qu’est ce qui fait l’originalité de ce site par rapport
à n’importe quel autre moteur de recherche sur Internet ?
Il
ne s’agit pas d’un simple moteur de recherche mais d’un
système fondé sur la "contextualisation dynamique".
Sur le site de l’Hypernietzsche, on ne passe pas d’une page
à une autre mais d’un contexte scientifique à un autre
; d’une lettre manuscrite à son utilisation dans les essais
puis de ces mêmes utilisations à ses différentes versions
manuscrites. Cela signifie que, sans se rendre à la bibliothèque
de Weimar, un chercheur pourra suivre sur l’écran le chemin
pris par un morceau de manuscrit avant de devenir un aphorisme de Humain,
trop humain.
En réalité nous tendons
à l’exhaustivité : l’œuvre complète
de Nietzsche est présente en accès direct au public, mais
cela ne suffit pas. A moyen terme tous les manuscrits originaux seront
répertoriés, scannés et numérisés.
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On pourra donc avoir accès à la Généalogie
de la morale dans son édition originale…
Oui,
non seulement cela mais aussi le texte manuscrit tel qu’il existe
avec ses ratures, ses annotations, ses blancs, ses mises au point. L’Hypernietzsche
devient donc un laboratoire où chacun, en fonction de ses compétences
techniques, peut proposer au comité scientifique une traduction,
une interprétation qui sera elle-même intégrée
à l’appareil critique.
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Comment fonctionne l’appareil critique ?
Imaginez
que la question de "l’Eternel Retour" vous passionne.
Si vous êtes un étudiant ou un chercheur isolé, il
vous faudra des mois, et parfois des années, pour avoir accès
aux données compilées sur le sujet, sans parler des autorisations
nécessaires qu’il faudra solliciter à la bibliothèque
de Weimar et au Goethe-Schiller Archiv. Avec l’Hypernietzsche vous
avez à votre disposition l’ensemble des données brutes
interprétables sur une base de données complète.
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D’une certaine manière c’est la fin du mandarinat et
des rapports de pouvoir entre professeurs et étudiants ? Pour autant
ne remplace-t-on pas ce mandarinat par une autre censure plus insidieuse,
celle du comité scientifique ?
C’est
vrai et faux ; vrai parce que les textes et les interprétations
proposées sont l’objet d’un filtre ; faux dans la mesure
où le critère de compétence est pris en compte.
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N’est ce pas non plus l’illusion que tout peut être
en accès direct, un savoir disponible sans effort ?
Rien
ne remplace la lecture des textes et les longues heures de réflexion.
L’Hypernietzsche est un outil.
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La question posée par Paolo d’Orio est "peut-on utiliser
Internet pour la recherche en sciences humaines, en particulier pour établir,
commenter et analyser les grands textes de la tradition philosophique"
?
Oui
c’est sur cette idée d’une contextualisation de la
base de données que le travail de recherche s’est fait :
contextualiser, c’est prendre un segment de texte et analyser en
amont quelles ont été les interprétations, les traductions
du texte et, en aval, les manières dont les critiques ont utilisé
et ordonné ces fragments. On utilise l’hypertexte comme un
appareil critique à dimension multiple. Si vous voulez, c’est
un mille-feuilles en relief. Un mille-feuilles parce que vous avez toutes
les étapes de la constitution du texte, du manuscrit à l’édition
originale, en relief parce que s’y ajoutent les interprétations
qui en ont été faites au cours des années.
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Quels sont les problèmes liés au droit d’auteur ?
Nous
nous sommes attachés à cette question avec un juriste, Philippe
Chevet. Les droits sur les manuscrits appartiennent encore au Goethe-Schiller
Archiv et à la bibliothèque de Weimar : nous travaillons
avec eux pour rendre ces textes disponibles sous une forme digitalisée.
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Finalement cette œuvre monumentale est la deuxième folie de
Nietzsche, une folie plus collective ?
C’est
vrai… Une œuvre qui correspond à sa conception de la
philosophie. Une pensée impersonnelle qui parle en nous et que
l’anonymat d’Internet protège en quelque sorte.
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