L'ALEPH n°11, Que Transmettre ?

________Edito________
(Par E. Bruyas)


    
E
nseignement, héritage, filiation...
La transmission évoque tout d’abord une démarche positive et prometteuse. Passation de témoins capable de déborder le cadre trop étroit de nos vies. Pour rompre l'isolement, éviter que trop de lettres mortes n’écrivent les paysages de nos vies. Que seraient en effet un savoir, une pratique sans l'horizon d'un lendemain ?
      Transmettre. Ouvrir des portes - partage de connaissances, émission d’ondes, inflexion de la voix, monstration du geste, écho des textes... Au fond, inciter. Dessiner des approches pour empêcher que "transmettre" rime avec se soumettre, se démettre, ou tout autre expression de renoncement au réel, d’installation dans le confort avachissant de l’ignorance. Sciences de l’éducation, philosophie, médecine, linguistique, littérature, anthropologie, poésie, constituent les volets de cette question que L'Aleph a essayé d’aborder. Transmettre des réflexions plurielles, à saisir comme autant d’empreintes de cet effort d’apprendre et de sortir de sa partialité. Retracer aussi le trajet de certaines aventures intellectuelles coïncidant autant que possible avec des aventures de vie. Les paroles de Henri Duc et de Gilbert François, en particulier, sont à l’image de cet ancrage dans la pratique.
    Passent et repassent certains échos, tandis que d'autres trépassent. Si notre approche est délibérément interrogative - Que Transmettre ? - c’est en effet pour ne pas oublier les frottements, les lignes de faille, allant parfois jusqu’aux points muets. Parce que la transmission se définit des modèles - normes, approches pédagogiques, cadres épistémologiques, termes admis. Voués à éclater souvent, comme le relève Gardou, grâce aux marges et aux échecs. Autant d’"organes-obstacles" qui ont le don d’agréger et d’exclure, et avec lesquels il faut tenter de composer. Que Transmettre ? Par là nous désignons aussi l’intransmissible, ce qui se heurte à nos limites, à nos mots trop courts ou à une volonté de rester dans l’ombre. Sans oublier ceux dont on ne dit rien - parasites et autres rebuts, happés par les trous de mémoire, parce qu'ils dérangent le cadre autorisé.
    Si la transmission doit retenir notre attention, c’est surtout qu’elle est, selon nous, invitation pour l’émetteur et le récepteur à ne pas s’installer dans la rassurante cuirasse du repos et de la stabilité, pour se placer dans l’Ouvert. Pas de savoir et de pratique authentiques sans la dimension essentielle d’inquiétude.
    Puiser dans les flaques de nos vies. En attendant le jour où cette fois, selon les mots de Hamm-Beckett, nous nous retrouverons petits pleins perdus dans le vide…


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