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Enseignement,
héritage, filiation... La
transmission évoque tout d’abord une démarche positive
et prometteuse. Passation de témoins capable de déborder
le cadre trop étroit de nos vies. Pour rompre l'isolement, éviter
que trop de lettres mortes n’écrivent les paysages de nos
vies. Que seraient en effet un savoir, une pratique sans l'horizon d'un
lendemain ?
Transmettre.
Ouvrir des portes - partage de connaissances, émission d’ondes,
inflexion de la voix, monstration du geste, écho des textes...
Au fond, inciter. Dessiner des approches pour empêcher que
"transmettre" rime avec se soumettre, se démettre, ou
tout autre expression de renoncement au réel, d’installation
dans le confort avachissant de l’ignorance. Sciences de l’éducation,
philosophie, médecine, linguistique, littérature, anthropologie,
poésie, constituent les volets de cette question que L'Aleph
a essayé d’aborder. Transmettre des réflexions plurielles,
à saisir comme autant d’empreintes de cet effort d’apprendre
et de sortir de sa partialité. Retracer aussi le trajet de certaines
aventures intellectuelles coïncidant autant que possible avec des
aventures de vie. Les paroles de Henri Duc et de Gilbert François,
en particulier, sont à l’image de cet ancrage dans la pratique.
Passent
et repassent certains échos, tandis que d'autres trépassent.
Si notre approche est délibérément interrogative
- Que Transmettre ? - c’est en effet pour ne pas oublier
les frottements, les lignes de faille, allant parfois jusqu’aux
points muets. Parce que la transmission se définit des modèles
- normes, approches pédagogiques, cadres épistémologiques,
termes admis. Voués à éclater souvent, comme le relève
Gardou, grâce aux marges et aux échecs. Autant d’"organes-obstacles"
qui ont le don d’agréger et d’exclure, et avec lesquels
il faut tenter de composer. Que Transmettre ? Par là nous
désignons aussi l’intransmissible, ce qui se heurte à
nos limites, à nos mots trop courts ou à une volonté
de rester dans l’ombre. Sans oublier ceux dont on ne dit rien -
parasites et autres rebuts, happés par les trous de mémoire,
parce qu'ils dérangent le cadre autorisé.
Si
la transmission doit retenir notre attention, c’est surtout qu’elle
est, selon nous, invitation pour l’émetteur et le récepteur
à ne pas s’installer dans la rassurante cuirasse du repos
et de la stabilité, pour se placer dans l’Ouvert. Pas de
savoir et de pratique authentiques sans la dimension essentielle d’inquiétude.
Puiser
dans les flaques de nos vies. En attendant le jour où cette fois,
selon les mots de Hamm-Beckett, nous nous retrouverons petits pleins perdus
dans le vide…
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