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Il
y eut à l'AHSM (Assistance aux Handicapés Sensoriels et
Mentaux) un cas extrêmement bizarre et stupéfiant : un
jeune garçon vietnamien qui n'avait aucune autre perception sensorielle
que celle du toucher. Il ne pouvait ni entendre, ni voir, ni
sentir, ni goûter. Les sensations tactiles seules le rattachaient
au monde extérieur, et il dévorait ainsi tout des doigts.
Il avalait goûlument par le toucher tout ce qui passait à
proximité avec la frénésie du naufragé qui
s'accroche à sa bouée.
Il s'appelait Duc, et avait six
ans. Du moins son Etat Civil était-il purement conjecturel :
on ne savait ni son nom, ni d'où il venait. Le 1er novembre au
matin, Mme Rachel Dertat, en descendant sa poubelle, avait trouvé
un enfant en soulevant le couvercle vert du container de la Mairie de
Paris. Ce qui frappa la ménagère d'effroi, ce fut son
visage lisse, sans aucune aspérité : pas de bouche, pas
de nez (juste deux orifices pour que l'air sorte et entre), pas d'oreilles,
pas d'yeux. A son cou, une médaille à moitié effacée
: "Duc vietnamien 6 ans anormal". Mme Dertat dut déchiffrer
avec difficulté l'inscription vraiment illisible. Le petit enfant
était immobile, prostré : il ne réagissait pas.
Bouleversée, Mme Dertat s'était penchée sur lui,
et l'avait prise dans ses bras. Duc lui avait alors palpé le
visage à toute vitesse. Dans un témoignage ultérieur,
Mme Dertat a avoué qu'elle ne s'était jamais autant sentie
humiliée. Sensible à la moindre anfractuosité du
visage de la vieille femme comme un laser sur un Disc Compact, les doigts
de Duc recomposaient la musique de l'âme. Tout en elle était
passé en revue de l'esprit et le corps de Mme Dertat : les frémissements
intérieurs les plus intimes, son petit monde de renoncements
patiemment construit jour après jour, ses repères fixes
pour que rien ne change dans sa vie, sa peur du dehors, sa sédentarisation
résignée, et tous les rêves, inaccomplis, laissés
en suspens, oubliés, niés, dénaturés
La vieille femme s'était sentie affreusement mal. L'enfant avait
réussi à se nourrir, constata-t-elle : plusieurs
rebuts (trognons, patates, épluchures ) montraient des traces
de morsure, et Duc tenait dans sa main une large épluchure de
concombre entamé. La rombière eut beaucoup de mal à
lui faire lâcher.
Mme Dertat ne sut que faire de ce
fardeau, aussi s'empressa-t-elle de l'amener à un organisme caritatif
apte à l'accueillir. Elle s'était prise de haine pour
ce monstre lisse, qui ne faisait que de prendre, d'avaler, de gober
par ses petits doigts agités. Elle ne décela jamais nulle
émotion, ni aucune manifestation d'empathie. Pendant le bref
séjour chez Mme Dertat, Duc ne mangea pas (la vieille femme décontenancée
ne trouva nulle orifice pour y introduire la nourriture), urina et déféqua
très peu : il semblait tout tirer à lui, tout retenir
dans une soif intense de l'extérieur. Mme Dertat redoutait tout
particulièrement le contact avec l'enfant, car il avait une manière
de s'aggripper à elle et de ne plus la lâcher, de la traquer
dans les moindres recoins de sa personnalité, jusqu'à
une satiété improbable. Il suffisait que Duc l'effleure
(la plupart du temps elle échappait à la caresse de l'enfant
par un petit bond) pour qu'elle se mette à avoir une crise d'angoisse
particulièrement aiguë, qui la faisait fuir à l'autre
bout de l'appartement. La nuit, elle rêvait que des mains la saisissaient,
l'étouffaient. Elle se réveillait en sueur, haletante,
terrorisée. Une nuit, après un cauchemar particulièrement
violent, elle se réveilla avec une douleur au bras : Duc y était
fermement accroché, de toute la force de ses mains. Il avait
trouvé le moyen, infirme comme il était, de s'extirper
de son lit de fortune (placé dans la pièce voisine ) et
de ramper jusqu'à la chambre de Mme Dertat. Celle-ci réussit
à faire lâcher prise à Duc, et, surmontant sa répugnance,
le porta dans ses bras jusqu'à sa couche. Il était impossible
de savoir si l'enfant était endormi ou non, si cet acte était
conscient ou non de la part de celui qui vivait dans les ténèbres.
Quoi qu'il en soit, Mme Dertat ne put détacher de son esprit
l'image qui s'était imposée à elle : celle d'un
gros insecte venimeux, voire d'une chauve-souris vampire, se dirigeant
instinctivement vers la lumière pour pomper, pomper. Le jour
suivant, elle déposait Duc à l'AHSM.
Mme Dertat devait mourir dans son
canapé, le matin du 25 décembre, sa télé
encore allumée. Sur son bras droit était visible un hématome
boursouflé.
Stéphanie
Mauriçot passa sa main dans les cheveux noirs du nouvel arrivant
du Centre. Il ne pouvait tenir debout, et était vautré
dans la poussière à palper un caillou, comme si cela avait
une importance capitale.
"Il est joli ton caillou"
dit l'éducatrice, tentant de communiquer avec l'étrange
petit avorton. Il ne répondit pas. Soudain, il serra les
mains plus fort. La pierre fut instantanément broyée,
et tomba en poussière. Stupéfaite, Stéphanie
se précipita pour lui écarter les doigts. De la poussière
était incrustée dans la paume. Instinctivement, la monitrice
passa sa main sur la peau pour essuyer la croûte blanchâtre
et légère, comme on époussette les vêtements
d'un enfant turbulent. Aussitôt, les doigts de Duc se refermèrent
sur l'index de la jeune fille. Elle essaya de se libérer de cette
étreinte comme on essaie d'ôter une alliance de doigts
boudinés, mais l'enfant tint bon. Elle avait très mal,
comme si de microscopiques vrilles rentraient dans sa peau. Elle se
sentait pénétrée par un regard étranger
qui la sondait, tenaillé par une soif insatiable. Enfin, elle
parvint à retirer son doigt. Effrayée par cette agression,
la jeune fille s'éloigna vivement du monstre. Sur sa peau, il
y avait la marque des phalanges de Duc.
2
"- Stéphanie
n'a jamais eu les reins très solides" fit René Fiot,
le directeur du centre.
- La reverra-t-on bientôt
?" L'autre était David Garnisson, un des animateurs chargés
des activités des enfants handicapés.
- Je ne sais pas. Elle est allée
chez sa grand-mère pour se remettre de son effondrement nerveux.
Elle a été épuisée par ses responsabilités,
la mort de Julien l'a achevée."
David acquiesça. Julien, un enfant psychotique, avait succombé
à une crise d'épilepsie particulièrement violente,
en présence de Stéphanie. Elle n'avait rien pu faire,
et cela l'avait affectée.
"- On m'a dit que c'est arrivé
peu de temps après que le Vietnamien l'a touché ?
- C'est ce que raconte Stéphanie.
Mais quand elle m'a raconté cela, elle délirait complètement.
- N'empêche que ce monstre
est vraiment effrayant
- Il est vrai que c'est un
cas ! C'est un vrai légume. Il passe son temps, complètement
asocial, à végéter et agripper tout ce qui passe
à sa portée. Qu'est-ce qui a pu le rendre ainsi ?
- Eh bien, j'ai une hypothèse
- Dites.
- Vous savez, pendant la guerre
du Vietnam. Les Américains ont utilisé des armes chimiques
pour combattre plus efficacement les Vietnamiens. Ils ont balancé
des produits comme l'Agent Orange sur la jungle pour la détruire
et dévoiler les repaires des soldats ennemis. Le problème
était que ces substances s'avéraient très très
nocives, et le pourcentage de malformations à la naissance chez
les enfants vietnamiens a grandi en flèche. Comme avec l'histoire
des deux siamois, là, qu'on à dû séparer
- Oui, tout ça c'est très
beau, mais il y a toujours un mystère : comment Duc a-t-il pu
atterrir en France, dans une poubelle ? C'est incompréhensible
- C'est de la sorcellerie, vous
voulez dire !
- Vous parlez comme Stéphanie
Paul
Padzek s'approcha de Duc avec une feuille de papier vierge. Il espérait
pouvoir le faire dessiner ou au moins lui faire tracer quelques lignes.
Paul se traita intérieurement d'imbécile. Qu'espérait-il
susciter chez l'être le plus enfoncé en lui-même
de la Terre ? Espérait-il vraiment que l'aveugle pouvait dessiner
? Autant lui faire écouter de la musique, lui faire sentir un
délicat parfum, ou lui faire goûter quelque mets succulent
! Et même si Duc parvenait à tracer quelques traits, quelle
vertu thérapeutique cela aurait-il ? Au fond de lui-même,
Paul brûlait de faire quelque chose avec l'enfant, il voulait
se frotter à sa bizarrerie, le tester pour mieux définir
ses limites, ou plutôt dans quelle mesure Duc pouvait les dépasser.
Mais Paul fut vite déçu. Dès que le Vietnamien
eut le crayon en main, il ne put qu'avoir encore et toujours la même
réaction : le palper. Néanmoins, et bien qu'il fût
habitué à le voir agir ainsi, à chaque fois l'animateur
était impressionné. Impressionné par l'attitude
recueillie, quasi religieuse avec laquelle l'enfant prenait connaissance
de l'objet, mais aussi par sa quête de l'essence de l'objet. Duc
essayait de capter le crayon dans ce qu'il était profondément.
Il considérait le monde qui l'entourait comme un étonnement
et une recherche perpétuels. Il ne considérait rien avec
indifférence, et c'est cela, comprenait Paul, qui avait tant
agacé ses collègues. Pourquoi lui jeter ainsi la pierre
? Ne faisait-il pas autre chose que la seule action dont il fût
capable ? Il fallait toujours le forcer à lâcher ce qu'il
tenait en main. Paul trouvait cruel de lui arracher le seul lien qui
retenait l'être claquemuré dans la plus ténébreuse
des prisons. Il se sentait, malgré (et peut-être aussi
à cause de ) la difformité écurante de Duc,
rempli de respect pour lui qui s'acharnait à lever le nez vers
l'étroite lucarne qui projette une faible lumière, plutôt
que de s'enfoncer dans l'oubli, l'Erèbe et la Nuit. Paul était
persuadé de l'esprit vif du gamin, contrairement aux autres qui
ne voyaient pas quelle forme d'intelligence pouvait se trouver derrière
la surface polie d'une face impersonnelle. Ils avaient peur ; Paul ne
craignait pas Duc.
Le crayon cassa entre les doigts
de l'enfant. En soupirant, Paul lui en plaça un autre dans la
main. Il faisait bien attention à ne pas se laisser toucher,
bien qu'il en eut envie : ses collègues avaient décrit
cette expérience comme très désagréable,
et Corinne avait trouvé un mot de Baudelaire pour décrire
ce phénomène - "mon cur mis à nu".
Paul guidait la main de Duc en lui parlant doucement, tout en sachant
que cela était tout aussi efficace que de dire au métro
d'aller plus vite.
"Alors voilà, tu prends ton crayon, tu le prends bien en
main - non, comme ça. Là c'est bien. Et tu le passes sur
la feuille de manière à faire un beau dessin. Voilà."
Le crayon crissait sur la feuille,
et Paul se trouva ridicule. C'était lui qui dessinait, pas Duc !
De l'art de faire croire que le malade s'exprime de lui-même
Soudain, Paul eut une idée.
Comptant sur l'extraordinaire sensibilité tactile de l'enfant,
il fit comprendre en langue des signes au sourd-muet qui dessinait à
côté de lui emprunter son dessin. Puis il le mit dans les
mains de Duc. Celui-ci palpa longtemps le papier en son ensemble. Paul
n'osait plus espérer : allait-il comprendre ce que c'était
un dessin ? Et dans une brusque inspiration, Duc posa la pointe de son
crayon sur la feuille. Semblable au saphir qui se pose sur le vinyle
33 tours, il y eut un moment de flottement, avant que la musique commence.
3
Soudain,
Duc se mit à dessiner à toute vitesse. Paul abasourdi
avait du mal à suivre les mouvements du bras de Duc devenu frénétique.
Dans un silence seulement troublé par le crissement du graphite
contre le papier, Duc dessinait sans relâche, puis, soudainement
s'arrêta, le crayon stoppant net. Du bout des doigts, Duc contemplait
son chef-d'uvre. Emerveillé par cette soudaine éruption
de créativité, Paul serra de joie l'enfant dans ses bras.
Celui-ci lui apposa les mains sur le visage, et aussitôt, l'adulte
se sentit percé à jour. Mais de la même manière
que l'on voit sourire aux lèvres le sang s'écouler de
ses veines lors d'une prise de sang, il ne conçut que peu de
dégoût de sentir un il étranger regarder au
fond de son âme. Il accepta ce regard, il autorisait Duc à
franchir la porte de sa peau pour visiter ses artères et son
esprit. Et il ignora la douleur, jusqu'à ce qu'elle fût
trop forte. Alors il se déroba à l'inquisition des doigts
de Duc. Paul le regardait bizarrement. Ce n'était vraiment pas
un gosse comme les autres. Il s'aperçut qu'il n'avait même
pas jeté un coup d'il sur l'uvre, tant il était
complètement fasciné par son exécution fulgurante.
Pour la première fois de sa vie, Duc avait pu s'exprimer plutôt
que d'emmagasiner. Paul était persuadé que son esquisse
était aussi bien, sinon supérieure à celle de son
voisin, quand il s'aperçut que les deux dessins étaient
exactement pareils !
La
séance de Dramathérapie dans la spacieuse bibliothèque
battait son plein. Corinne et Grégoire essayaient de faire jouer
des rôles à de jeunes autistes ayant replié leur
peau comme une couverture sur eux-mêmes. Soudain, la porte s'ouvrit,
et apparut un Paul écumant, tenant dans ses bras l'enfant sans
visage.
"- C'est incroyable ! Il a recopié le dessin de Dylan !"
Paul recommença l'expérience, et après avoir tâté
un autre dessin, Duc le reproduisit aussi à toute allure ! Les
animateurs étaient effarés. Corinne, aussi excitée
que Paul, dit :
"J'ai une idée ! Si on lui donnait un texte écrit
? Peut-être va-t-il le recopier ?
Et il apprendra peut-être à écrire !"
Tout le monde se sentait exalté, comme à la veille d'une
découverte scientifique. Paul n'arrêtait pas de s'écrier
: "Je vous l'avais bien dit qu'il était génial !".
Exaspéré, Grégoire finit par lui dire :
"- Tu sais, il ne sait que copier. C'est un progrès, mais
bon
Il ne va pas faire ça toute sa vie !
- Tu déconnes ! Il apprendra ! Non mais tu te rends compte de
la manière dont il a élargi son champ d'action ! Il s'est
ouvert au monde !
- Je ne l'aime pas quand même" intervint Corinne. "Il
me fait toujours l'effet d'un monstre ! Et puis, vous avez remarqué
? Les objets ont tendance à se casser dans ces mains. Son toucher
est corrosif !" C'est comme une revanche sur le monde, pensa-t-elle.
D'emmagasiner, d'avaler, mais aussi en détruisant : rien ne doit
subsister de ce qu'il touche.
Paul, sans répondre, concentra tous les regards des personnes
présentes dans la pièce sur Duc. En effet, l'animateur
avait déposé devant lui un livre ouvert. Il dit malicieusement
:
"- Je l'ai choisi particulièrement pour vous ! Je suis en
train de le lire en ce moment. C'est un texte de Freud !"
Il le lut à haute voix, pour que les autres aient une idée
de ce que Duc avait à recopier :
"Leur
intention (celle des efforts thérapeutiques de la psychanalyse)
est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant
du surmoi, d'élargir son champ de perception et de consolider
son organisation de sorte qu'il puisse s'approprier de nouveaux morceaux
du ça. Là où était du ça, doit advenir
du moi"
"-
J'aime bien ce passage !" sourit Paul. "Et je le voudrais
symbolique de l'éveil de Duc !"
Le petit Vietnamien saisit la feuille, la toucha de ses doigts, les
glissant sur les caractères imprimés. Corinne lui glissa
un crayon dans la main en évitant tout contact avec lui. Il y
eut un temps d'attente. Allait-il le faire ? Paul retenait son souffle.
Corinne regardait dubitativement et sans cacher son dégoût
pour le petit être. Les yeux de Grégoire brûlaient
de curiosité. Duc aurait pu être une statue tant il était
immobile. Il mit plus de temps que la dernière fois pour se mettre
en branle. Mais soudain, il partit ! Grattant furieusement le papier,
le crayon se mouvait avec une précision et une rapidité
extraordinaires. Hypnotisés, les autres ne pouvaient que contempler
bouche bée le travail de l'enfant. En quelques secondes, il avait
fini. Le griffonnement stoppa net. Duc s'immobilisa complètement.
Les autres ne savaient que dire. Grégoire finit par lâcher
:
"Génial."
Le
soir tomba. Ils avaient retenté l'expérience en faisant
recopier à Duc un passage du dictionnaire : les définitions
TOUCHER et TOUCHE. Le plus étrange était que Duc recopiait
aussi le style de caractères ! On lui fournissait des textes,
et il les recopiait, tous, sans paraître se fatiguer. Tous les
animateurs quittèrent l'internat. Resta uniquement Corinne qui
était de garde. Elle rêva de mains, de centaines de mains
qui l'agrippaient pour la noyer. Et partout où elle était
touchée, sa chair se décomposait rapidement. Elle se réveilla,
et alla boire un verre d'eau à la cuisine. Elle passa par la
bibliothèque. Quand elle alluma la lumière, elle hurla.
4
Elle
venait de voir l'enfant qui n'avait pas de visage. Comment avait-il
pu venir ici ? Un stylet d'angoisse pénétra son ventre.
Ce visage. Jusqu'au bout il aura gardé son secret. C'était
bien ça : Duc ne faisait que prendre, prendre frénétiquement,
sans jamais donner la minute de ses états intérieurs,
même pas son visage, même pas son identité. Elle
s'approcha pour voir ce qu'il était en train de faire. Elle murmura
: "Mon Dieu !". Duc était en train de recopier avec
un acharnement et une hargne (qui ne lui était pas apparues le
jour même ) le dictionnaire en entier. Des feuillets et
des feuillets étaient noircis des mêmes caractères
que dans l'édition : Duc était une photocopieuse tactile
déchaînée. Il s'énervait, désespérait
de ne pouvoir rejoindre le dehors, devenu fou dans une solitude infernale.
Partout où il tourne ses regards aveuglés, il ne voit
que lui, que lui omniprésent, comme une damnation
La torture
du miroir
Ou bien Duc était stupide, ne s'était
pas développé (toutes chances avortées ), avait
le cerveau plus obscur qu'un animal, un insecte venimeux vampirisant
son entourage
Il était impossible de savoir quelle était
la vérité. Si seulement Duc avait des yeux, un visage,
on aurait pu lire qui il était vraiment !
Corinne, terrorisée par l'apparition,
et voulant l'empêcher de produire ce grattement insupportable
de la plume contre le papier, se précipita sur lui, et lui arracha
son crayon. C'est alors qu'il la saisit
Les pages du dictionnaire s'effritaient tranquillement
Le crayon n'était plus que poussière
Paul grimaça quand les pages du livre de Freud se détruisirent
sous ses yeux
Le
lendemain, on put voir à l'institut un tableau funèbre
:
Un
cadavre de femme ridé et desséché était
recroquevillé dans un coin. Le dictionnaire était entièrement
détruit. Un deuxième cadavre desséché, momifié,
était assis au bureau, se tenant la tête entre les mains.
Et comme un ricanement, une épitaphe, un dernier message vers
une réalité qu'il n'avait pas pu atteindre, comme une
dernière malédiction, étaient écrits ces
mots :
TOUCHE
TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE
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