L'ALEPH n°4, Rires

________Duc________

(Par Ludovic Klein)


1
      
Il y eut à l'AHSM (Assistance aux Handicapés Sensoriels et Mentaux) un cas extrêmement bizarre et stupéfiant : un jeune garçon vietnamien qui n'avait aucune autre perception sensorielle que celle du toucher. Il ne pouvait ni entendre, ni voir, ni sentir, ni goûter. Les sensations tactiles seules le rattachaient au monde extérieur, et il dévorait ainsi tout des doigts. Il avalait goûlument par le toucher tout ce qui passait à proximité avec la frénésie du naufragé qui s'accroche à sa bouée.
      Il s'appelait Duc, et avait six ans. Du moins son Etat Civil était-il purement conjecturel : on ne savait ni son nom, ni d'où il venait. Le 1er novembre au matin, Mme Rachel Dertat, en descendant sa poubelle, avait trouvé un enfant en soulevant le couvercle vert du container de la Mairie de Paris. Ce qui frappa la ménagère d'effroi, ce fut son visage lisse, sans aucune aspérité : pas de bouche, pas de nez (juste deux orifices pour que l'air sorte et entre), pas d'oreilles, pas d'yeux. A son cou, une médaille à moitié effacée : "Duc vietnamien 6 ans anormal". Mme Dertat dut déchiffrer avec difficulté l'inscription vraiment illisible. Le petit enfant était immobile, prostré : il ne réagissait pas. Bouleversée, Mme Dertat s'était penchée sur lui, et l'avait prise dans ses bras. Duc lui avait alors palpé le visage à toute vitesse. Dans un témoignage ultérieur, Mme Dertat a avoué qu'elle ne s'était jamais autant sentie humiliée. Sensible à la moindre anfractuosité du visage de la vieille femme comme un laser sur un Disc Compact, les doigts de Duc recomposaient la musique de l'âme. Tout en elle était passé en revue de l'esprit et le corps de Mme Dertat : les frémissements intérieurs les plus intimes, son petit monde de renoncements patiemment construit jour après jour, ses repères fixes pour que rien ne change dans sa vie, sa peur du dehors, sa sédentarisation résignée, et tous les rêves, inaccomplis, laissés en suspens, oubliés, niés, dénaturés… La vieille femme s'était sentie affreusement mal. L'enfant avait réussi à se nourrir, constata-t-elle : plusieurs rebuts (trognons, patates, épluchures ) montraient des traces de morsure, et Duc tenait dans sa main une large épluchure de concombre entamé. La rombière eut beaucoup de mal à lui faire lâcher.
      Mme Dertat ne sut que faire de ce fardeau, aussi s'empressa-t-elle de l'amener à un organisme caritatif apte à l'accueillir. Elle s'était prise de haine pour ce monstre lisse, qui ne faisait que de prendre, d'avaler, de gober par ses petits doigts agités. Elle ne décela jamais nulle émotion, ni aucune manifestation d'empathie. Pendant le bref séjour chez Mme Dertat, Duc ne mangea pas (la vieille femme décontenancée ne trouva nulle orifice pour y introduire la nourriture), urina et déféqua très peu : il semblait tout tirer à lui, tout retenir dans une soif intense de l'extérieur. Mme Dertat redoutait tout particulièrement le contact avec l'enfant, car il avait une manière de s'aggripper à elle et de ne plus la lâcher, de la traquer dans les moindres recoins de sa personnalité, jusqu'à une satiété improbable. Il suffisait que Duc l'effleure (la plupart du temps elle échappait à la caresse de l'enfant par un petit bond) pour qu'elle se mette à avoir une crise d'angoisse particulièrement aiguë, qui la faisait fuir à l'autre bout de l'appartement. La nuit, elle rêvait que des mains la saisissaient, l'étouffaient. Elle se réveillait en sueur, haletante, terrorisée. Une nuit, après un cauchemar particulièrement violent, elle se réveilla avec une douleur au bras : Duc y était fermement accroché, de toute la force de ses mains. Il avait trouvé le moyen, infirme comme il était, de s'extirper de son lit de fortune (placé dans la pièce voisine ) et de ramper jusqu'à la chambre de Mme Dertat. Celle-ci réussit à faire lâcher prise à Duc, et, surmontant sa répugnance, le porta dans ses bras jusqu'à sa couche. Il était impossible de savoir si l'enfant était endormi ou non, si cet acte était conscient ou non de la part de celui qui vivait dans les ténèbres. Quoi qu'il en soit, Mme Dertat ne put détacher de son esprit l'image qui s'était imposée à elle : celle d'un gros insecte venimeux, voire d'une chauve-souris vampire, se dirigeant instinctivement vers la lumière pour pomper, pomper. Le jour suivant, elle déposait Duc à l'AHSM.
      Mme Dertat devait mourir dans son canapé, le matin du 25 décembre, sa télé encore allumée. Sur son bras droit était visible un hématome boursouflé.


      Stéphanie Mauriçot passa sa main dans les cheveux noirs du nouvel arrivant du Centre. Il ne pouvait tenir debout, et était vautré dans la poussière à palper un caillou, comme si cela avait une importance capitale.
      "Il est joli ton caillou" dit l'éducatrice, tentant de communiquer avec l'étrange petit avorton. Il ne répondit pas. Soudain, il serra les mains plus fort. La pierre fut instantanément broyée, et tomba en poussière.  Stupéfaite, Stéphanie se précipita pour lui écarter les doigts. De la poussière était incrustée dans la paume. Instinctivement, la monitrice passa sa main sur la peau pour essuyer la croûte blanchâtre et légère, comme on époussette les vêtements d'un enfant turbulent. Aussitôt, les doigts de Duc se refermèrent sur l'index de la jeune fille. Elle essaya de se libérer de cette étreinte comme on essaie d'ôter une alliance de doigts boudinés, mais l'enfant tint bon. Elle avait très mal, comme si de microscopiques vrilles rentraient dans sa peau. Elle se sentait pénétrée par un regard étranger qui la sondait, tenaillé par une soif insatiable. Enfin, elle parvint à retirer son doigt. Effrayée par cette agression, la jeune fille s'éloigna vivement du monstre. Sur sa peau, il y avait la marque des phalanges de Duc.

2
      "- Stéphanie n'a jamais eu les reins très solides" fit René Fiot, le directeur du centre.
       - La reverra-t-on bientôt ?" L'autre était David Garnisson, un des animateurs chargés des activités des enfants handicapés.
      - Je ne sais pas. Elle est allée chez sa grand-mère pour se remettre de son effondrement nerveux. Elle a été épuisée par ses responsabilités, la mort de Julien l'a achevée."
David acquiesça. Julien, un enfant psychotique, avait succombé à une crise d'épilepsie particulièrement violente, en présence de Stéphanie. Elle n'avait rien pu faire, et cela l'avait affectée.
      "- On m'a dit que c'est arrivé peu de temps après que le Vietnamien l'a touché ?
       - C'est ce que raconte Stéphanie. Mais quand elle m'a raconté cela, elle délirait complètement.
       - N'empêche que ce monstre est vraiment effrayant…
       - Il est vrai que c'est un cas ! C'est un vrai légume. Il passe son temps, complètement asocial, à végéter et agripper tout ce qui passe à sa portée. Qu'est-ce qui a pu le rendre ainsi ?
       - Eh bien, j'ai une hypothèse…
       - Dites.
       - Vous savez, pendant la guerre du Vietnam. Les Américains ont utilisé des armes chimiques pour combattre plus efficacement les Vietnamiens. Ils ont balancé des produits comme l'Agent Orange sur la jungle pour la détruire et dévoiler les repaires des soldats ennemis. Le problème était que ces substances s'avéraient très très nocives, et le pourcentage de malformations à la naissance chez les enfants vietnamiens a grandi en flèche. Comme avec l'histoire des deux siamois, là, qu'on à dû séparer…
      - Oui, tout ça c'est très beau, mais il y a toujours un mystère : comment Duc a-t-il pu atterrir en France, dans une poubelle ? C'est incompréhensible…
      - C'est de la sorcellerie, vous voulez dire !
      - Vous parlez comme Stéphanie…


      
Paul Padzek s'approcha de Duc avec une feuille de papier vierge. Il espérait pouvoir le faire dessiner ou au moins lui faire tracer quelques lignes. Paul se traita intérieurement d'imbécile. Qu'espérait-il susciter chez l'être le plus enfoncé en lui-même de la Terre ? Espérait-il vraiment que l'aveugle pouvait dessiner ? Autant lui faire écouter de la musique, lui faire sentir un délicat parfum, ou lui faire goûter quelque mets succulent ! Et même si Duc parvenait à tracer quelques traits, quelle vertu thérapeutique cela aurait-il ? Au fond de lui-même, Paul brûlait de faire quelque chose avec l'enfant, il voulait se frotter à sa bizarrerie, le tester pour mieux définir ses limites, ou plutôt dans quelle mesure Duc pouvait les dépasser. Mais Paul fut vite déçu. Dès que le Vietnamien eut le crayon en main, il ne put qu'avoir encore et toujours la même réaction : le palper. Néanmoins, et bien qu'il fût habitué à le voir agir ainsi, à chaque fois l'animateur était impressionné. Impressionné par l'attitude recueillie, quasi religieuse avec laquelle l'enfant prenait connaissance de l'objet, mais aussi par sa quête de l'essence de l'objet. Duc essayait de capter le crayon dans ce qu'il était profondément. Il considérait le monde qui l'entourait comme un étonnement et une recherche perpétuels. Il ne considérait rien avec indifférence, et c'est cela, comprenait Paul, qui avait tant agacé ses collègues. Pourquoi lui jeter ainsi la pierre ? Ne faisait-il pas autre chose que la seule action dont il fût capable ? Il fallait toujours le forcer à lâcher ce qu'il tenait en main. Paul trouvait cruel de lui arracher le seul lien qui retenait l'être claquemuré dans la plus ténébreuse des prisons. Il se sentait, malgré (et peut-être aussi à cause de ) la difformité écœurante de Duc, rempli de respect pour lui qui s'acharnait à lever le nez vers l'étroite lucarne qui projette une faible lumière, plutôt que de s'enfoncer dans l'oubli, l'Erèbe et la Nuit. Paul était persuadé de l'esprit vif du gamin, contrairement aux autres qui ne voyaient pas quelle forme d'intelligence pouvait se trouver derrière la surface polie d'une face impersonnelle. Ils avaient peur ; Paul ne craignait pas Duc.
      Le crayon cassa entre les doigts de l'enfant. En soupirant, Paul lui en plaça un autre dans la main. Il faisait bien attention à ne pas se laisser toucher, bien qu'il en eut envie : ses collègues avaient décrit cette expérience comme très désagréable, et Corinne avait trouvé un mot de Baudelaire pour décrire ce phénomène - "mon cœur mis à nu". Paul guidait la main de Duc en lui parlant doucement, tout en sachant que cela était tout aussi efficace que de dire au métro d'aller plus vite.
"Alors voilà, tu prends ton crayon, tu le prends bien en main - non, comme ça. Là c'est bien. Et tu le passes sur la feuille de manière à faire un beau dessin. Voilà."
      Le crayon crissait sur la feuille, et Paul se trouva ridicule. C'était lui qui dessinait, pas Duc ! De l'art de faire croire que le malade s'exprime de lui-même…
      Soudain, Paul eut une idée. Comptant sur l'extraordinaire sensibilité tactile de l'enfant, il fit comprendre en langue des signes au sourd-muet qui dessinait à côté de lui emprunter son dessin. Puis il le mit dans les mains de Duc. Celui-ci palpa longtemps le papier en son ensemble. Paul n'osait plus espérer : allait-il comprendre ce que c'était un dessin ? Et dans une brusque inspiration, Duc posa la pointe de son crayon sur la feuille. Semblable au saphir qui se pose sur le vinyle 33 tours, il y eut un moment de flottement, avant que la musique commence.


3
      Soudain, Duc se mit à dessiner à toute vitesse. Paul abasourdi avait du mal à suivre les mouvements du bras de Duc devenu frénétique. Dans un silence seulement troublé par le crissement du graphite contre le papier, Duc dessinait sans relâche, puis, soudainement s'arrêta, le crayon stoppant net. Du bout des doigts, Duc contemplait son chef-d'œuvre. Emerveillé par cette soudaine éruption de créativité, Paul serra de joie l'enfant dans ses bras. Celui-ci lui apposa les mains sur le visage, et aussitôt, l'adulte se sentit percé à jour. Mais de la même manière que l'on voit sourire aux lèvres le sang s'écouler de ses veines lors d'une prise de sang, il ne conçut que peu de dégoût de sentir un œil étranger regarder au fond de son âme. Il accepta ce regard, il autorisait Duc à franchir la porte de sa peau pour visiter ses artères et son esprit. Et il ignora la douleur, jusqu'à ce qu'elle fût trop forte. Alors il se déroba à l'inquisition des doigts de Duc. Paul le regardait bizarrement. Ce n'était vraiment pas un gosse comme les autres. Il s'aperçut qu'il n'avait même pas jeté un coup d'œil sur l'œuvre, tant il était complètement fasciné par son exécution fulgurante. Pour la première fois de sa vie, Duc avait pu s'exprimer plutôt que d'emmagasiner. Paul était persuadé que son esquisse était aussi bien, sinon supérieure à celle de son voisin, quand il s'aperçut que les deux dessins étaient exactement pareils !


      La séance de Dramathérapie dans la spacieuse bibliothèque battait son plein. Corinne et Grégoire essayaient de faire jouer des rôles à de jeunes autistes ayant replié leur peau comme une couverture sur eux-mêmes. Soudain, la porte s'ouvrit, et apparut un Paul écumant, tenant dans ses bras l'enfant sans visage.
"- C'est incroyable ! Il a recopié le dessin de Dylan !"
Paul recommença l'expérience, et après avoir tâté un autre dessin, Duc le reproduisit aussi à toute allure ! Les animateurs étaient effarés. Corinne, aussi excitée que Paul, dit :
"J'ai une idée ! Si on lui donnait un texte écrit ? Peut-être va-t-il le recopier ?
Et il apprendra peut-être à écrire !"
Tout le monde se sentait exalté, comme à la veille d'une découverte scientifique. Paul n'arrêtait pas de s'écrier : "Je vous l'avais bien dit qu'il était génial !". Exaspéré, Grégoire finit par lui dire :
"- Tu sais, il ne sait que copier. C'est un progrès, mais bon… Il ne va pas faire ça toute sa vie !
- Tu déconnes ! Il apprendra ! Non mais tu te rends compte de la manière dont il a élargi son champ d'action ! Il s'est ouvert au monde !
- Je ne l'aime pas quand même" intervint Corinne. "Il me fait toujours l'effet d'un monstre ! Et puis, vous avez remarqué ? Les objets ont tendance à se casser dans ces mains. Son toucher est corrosif !" C'est comme une revanche sur le monde, pensa-t-elle. D'emmagasiner, d'avaler, mais aussi en détruisant : rien ne doit subsister de ce qu'il touche.
Paul, sans répondre, concentra tous les regards des personnes présentes dans la pièce sur Duc. En effet, l'animateur avait déposé devant lui un livre ouvert. Il dit malicieusement :
"- Je l'ai choisi particulièrement pour vous ! Je suis en train de le lire en ce moment. C'est un texte de Freud !"
Il le lut à haute voix, pour que les autres aient une idée de ce que Duc avait à recopier :

"Leur intention (celle des efforts thérapeutiques de la psychanalyse) est en effet de fortifier le moi, de le rendre plus indépendant du surmoi, d'élargir son champ de perception et de consolider son organisation de sorte qu'il puisse s'approprier de nouveaux morceaux du ça. Là où était du ça, doit advenir du moi"

"- J'aime bien ce passage !" sourit Paul. "Et je le voudrais symbolique de l'éveil de Duc !"
Le petit Vietnamien saisit la feuille, la toucha de ses doigts, les glissant sur les caractères imprimés. Corinne lui glissa un crayon dans la main en évitant tout contact avec lui. Il y eut un temps d'attente. Allait-il le faire ? Paul retenait son souffle. Corinne regardait dubitativement et sans cacher son dégoût pour le petit être. Les yeux de Grégoire brûlaient de curiosité. Duc aurait pu être une statue tant il était immobile. Il mit plus de temps que la dernière fois pour se mettre en branle. Mais soudain, il partit ! Grattant furieusement le papier, le crayon se mouvait avec une précision et une rapidité extraordinaires. Hypnotisés, les autres ne pouvaient que contempler bouche bée le travail de l'enfant. En quelques secondes, il avait fini. Le griffonnement stoppa net. Duc s'immobilisa complètement. Les autres ne savaient que dire. Grégoire finit par lâcher :
"Génial."


      
Le soir tomba. Ils avaient retenté l'expérience en faisant recopier à Duc un passage du dictionnaire : les définitions TOUCHER et TOUCHE. Le plus étrange était que Duc recopiait aussi le style de caractères ! On lui fournissait des textes, et il les recopiait, tous, sans paraître se fatiguer. Tous les animateurs quittèrent l'internat. Resta uniquement Corinne qui était de garde. Elle rêva de mains, de centaines de mains qui l'agrippaient pour la noyer. Et partout où elle était touchée, sa chair se décomposait rapidement. Elle se réveilla, et alla boire un verre d'eau à la cuisine. Elle passa par la bibliothèque. Quand elle alluma la lumière, elle hurla.


4
      Elle venait de voir l'enfant qui n'avait pas de visage. Comment avait-il pu venir ici ? Un stylet d'angoisse pénétra son ventre. Ce visage. Jusqu'au bout il aura gardé son secret. C'était bien ça : Duc ne faisait que prendre, prendre frénétiquement, sans jamais donner la minute de ses états intérieurs, même pas son visage, même pas son identité. Elle s'approcha pour voir ce qu'il était en train de faire. Elle murmura : "Mon Dieu !". Duc était en train de recopier avec un acharnement et une hargne (qui ne lui était pas apparues le jour même ) le dictionnaire en entier. Des feuillets et des feuillets étaient noircis des mêmes caractères que dans l'édition : Duc était une photocopieuse tactile déchaînée. Il s'énervait, désespérait de ne pouvoir rejoindre le dehors, devenu fou dans une solitude infernale. Partout où il tourne ses regards aveuglés, il ne voit que lui, que lui omniprésent, comme une damnation… La torture du miroir… Ou bien Duc était stupide, ne s'était pas développé (toutes chances avortées ), avait le cerveau plus obscur qu'un animal, un insecte venimeux vampirisant son entourage… Il était impossible de savoir quelle était la vérité. Si seulement Duc avait des yeux, un visage, on aurait pu lire qui il était vraiment !
      Corinne, terrorisée par l'apparition, et voulant l'empêcher de produire ce grattement insupportable de la plume contre le papier, se précipita sur lui, et lui arracha son crayon. C'est alors qu'il la saisit…


Les pages du dictionnaire s'effritaient tranquillement…
Le crayon n'était plus que poussière…
Paul grimaça quand les pages du livre de Freud se détruisirent sous ses yeux…


      
Le lendemain, on put voir à l'institut un tableau funèbre :

      Un cadavre de femme ridé et desséché était recroquevillé dans un coin. Le dictionnaire était entièrement détruit. Un deuxième cadavre desséché, momifié, était assis au bureau, se tenant la tête entre les mains. Et comme un ricanement, une épitaphe, un dernier message vers une réalité qu'il n'avait pas pu atteindre, comme une dernière malédiction, étaient écrits ces mots :

TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE TOUCHE


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© L'Aleph, 1998-2003