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La
jouissance a bien de quoi faire tourner la tête, tant elle est susceptible
de tourbillonner sur elle-même pour adopter des poses multiples,
des rythmes divers, des accents subtils, menaçants ou prometteurs.
Emotion rapide et fugace qui se résout dans le plaisir des sens,
émotion profonde, aspiration intense des délices de l’existence.
Jouissance heurtée et frustrée, épanouie et conquérante.
Jouissance en mouvement ou en repos, qui se précipite ou qui sait
attendre son heure...
Notre
prétention n’est alors en aucun cas d’avoir cerné
la jouissance, seulement de l’avoir approchée selon notre
voeu réitéré d’horizons multiples. Depuis les
nuances et les extensions acquises par la notion de jouissance au fil
du temps, celle-ci nous a emportés loin : dimension jubilatoire
de la langue de Devos et de son usage si fin des syllepses ; jouissance
qui jaillit d’une conversion réfléchie du désir
capable d’exprimer, selon R. Misrahi, une profonde jubilation de
l’être ; éclairage freudien du champ de la jouissance
qui creuse les failles et les méandres de notre psychisme ; approche
désincarnée de la jouissance à travers l’ébullition
mystique.
A
trouver
encore des jouissances poétiques, littéraires et musicales,
jusqu’aux envolées spirituelles d’Am’Ganesha’n
à prendre au premier ou au second degré selon les aspirations.
Jouissance
confiante en elle-même, gonflée par les sens ou portée
par une intellection pure. Jouissance authentique, tronquée, douloureuse,
hésitante ou conquise par-delà les gouffres. Trajet susceptible,
espérons-le, de montrer le visage ambigu de la jouissance : expression
tour à tour de la dépossession et de la possession de soi,
de notre condition à bien des égards désarmée
et de notre capacité d’élans jubilatoires. Une manière
sans doute aussi, à l'encontre de l'idéologie contemporaine
du devoir d'être heureux se dissolvant dans une jouissance triviale
et fallacieuse, d'insister sur la dimension non évidente de la
jouissance. La jouissance n’a pas fini de se chercher, oscillant
toujours entre des pôles ravissants ou ténébreux,
entre nos déchirures et notre capacité créatrice.
La "jeune fée maladroite" qui orne notre couverture est
à l’image de cette tension. Reste notre tentative de n’avoir
pas égaré le lecteur et d’avoir pu stimuler sa curiosité.
En
souhaitant donc qu’à l’issue de ce cheminement la jouissance
puisse avoir le dernier mot...
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