L'ALEPH n°1, Le Néant

________Fragments & Aphorismes________


(Par O. Gérard)


       
La Vie commence en ce non lieu où elle semblait destinée à s’éteindre, à l’orée du Néant.

      De ce vide, du Néant, tout désespoir est issu, de l’expression de ce désespoir, toute beauté procède, il ne reste alors que la volupté des larmes et le goût amer du sang.
      Pour qu’il ait pu, à un moment donné, s’aventurer sur les chemins de sa propre intériorité, l’homme a dû être confronté à son Néant. Comme si celui-ci constituait son origine et sa finitude. Si seulement...
    
      P
aradoxe : nulle vie n’a été aussi pleine que lorsqu’elle fut toute empreinte de ce vide.
    
      B
assesse de l’homme : séparé de l’Origine, il chercha à s’affranchir et, aspirant à l’autosuffisance, il se vit séparé de / en lui-même, mais au lieu de puiser en lui et de sonder son intériorité, il voulut oublier cette déchirure, et par là même ce vide congénital. Nous le voyons désormais confronté à un néant qu’il croit extérieur, un néant matérialisé qu’il pense un jour ou l’autre pouvoir combler ; un ultime espoir en pure perte, force du faible qui se refuse, se nie et préfère se projeter...
    

      M
agie de la Musique qui, seule, sait retranscrire ce Néant. Elle seule a cette capacité de rendre toute l’unicité du monde au travers de l’expression d’un déchirement. Je lui dédie le peu de respect qu’il me reste pour les œuvres humaines car elle dépasse l’humain, et, ce faisant, tisse le lien qui unit ce vide nous assaillant à l’Origine, à cet ineffable mystère.
    

      D
u vide surgit la mélancolie, cette nostalgie de l’ineffable. Point d’image ni de réel rapport au monde, mais l’expression sensible de tout ce qui nous fonde.
    

      D
evant l’autre, confrontés à nous-mêmes ou au divin, nous n’étions là que pour mesurer toute l’étendue de notre impuissance... Un simple élan de sympathie.
    

      L
e vide généré par l’échec amoureux n’est-il que le reflet d’une histoire personnelle, ou est-ce cette faillite de l’amour qui n’est qu’un des pendants de ce néant, une de ses traces ? Tout dépend de l’instant auquel nous y sommes confrontés.
    

      T
oute la folie de l’homme réside en cette résistance au Néant qui pourtant constitue l’unique voie à suivre dans la compréhension du monde. Il faut pourtant arpenter ces "chemins qui ne mènent nulle part" pour avoir quelque idée de la grandeur et de la misère de l’homme.
    

      E
t finalement, aller se fracasser contre son néant en un ultime vertige...


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© L'Aleph, 1998-2003